Hedi Ghrib vient de publier un essai intitulé ‘‘Le phosphate en Tunisie… cette manne qui nous échappe !’’ où il analyse les conditions de la décadence d’une industrie nationale en perte de vitesse (et le mot est faible) alors qu’il y a une quinzaine d’année seulement elle contribuait largement à la richesse nationale : l’extraction et la transformation de phosphate.
Latif Belhedi
En 1995-1996, deux fleurons de l’industrie tunisienne, la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et le Groupe chimique tunisien (GCT), fusionnent pour former un groupe prospère qui deviendra rapidement un géant mondial de la chimie industrielle lourde.
Ce groupe industriel public se développera très rapidement et maîtrisera les différents process d’enrichissement et de valorisation du phosphate. Il se placera rapidement au 5e rang mondial de son secteur, avec des ambitions renouvelées. Avant que cet élan ne soit stoppé net par les crises sociales aggravées par la «révolution» de 2011.
La production s’arrête. L’absence de l’Etat aggrave la situation. Le bassin minier de Gafsa va subir des actes de vandalisme, des sit-in à n’en plus finir et une paralysie totale de l’activité. Cette situation, que l’on croyait passagère, va perdurer enfonçant les deux fleurons de l’industrie tunisienne dans une crise où ils tardent encore de sortir. D’année n année, l’extraction, la transformation et l’exportation, les trois principales activités du groupe, reculent nettement. Conséquences : baisse de production, perte de marchés, chutes des recettes et endettement chronique, sur fond d’interminable crise financière, sociale et environnementale.
Une mauvaise gouvernance chronique
Pour Hedi Ghrib, les problèmes du secteur remontent aux années 1980. Mais ils ont été masqués par ses bons résultats momentanés. Les soubresauts sociaux de la «révolution» de 2011 n’ont fait qu’aggraver et accélérer un processus de dégradation déjà engagé par une mauvaise gouvernance chronique. Au lieu de continuer à développer un secteur vital pour le pays et suivre ses évolutions à travers le monde, les responsables ont préféré dormir sur leurs lauriers. Et le réveil a été brutal.
Dans cet ouvrage, Hedi Ghrib fait le diagnostic du mal profond qui gangrène le secteur du phosphate, notamment la dégradation et le vieillissement des outils de production, et propose des solutions pour le sauver et le relancer sur de nouvelles bases et dans un contexte plus concurrentiel.
Pour lui, les violences sociales ne sont pas les seules à blâmer, pas plus que les mauvais choix politiques post-révolution, notamment l’achat de la paix sociale par le suremploi et les emplois fictifs dans le secteur du phosphate. Le secteur souffre aussi de problèmes endogènes pour n’avoir pas suivi le rythme d’évolution du secteur à travers le monde où la concurrence est devenue rude avec l’avènement de nouveaux acteurs. Une question sous-tend la réflexion de l’auteur : le secteur du phosphate a-t-il encore un avenir en Tunisie, eu égard surtout ses incidences catastrophiques sur l’environnement, comme en témoigne le désastre écologique provoqué par les usines du CPG à Gabès ?
Hédi Ghrib, ingénieur de son état, a passé 35 ans de sa vie professionnelle au sein de la CPG. Il aussi étudié, en autodidacte, la géologie et les travaux miniers. Sa connaissance du secteur est fine et ses propositions pour sa relance méritent d’être étudiées et, pourquoi pas, mises en œuvre.



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