Le poème du dimanche | ‘‘Fleurs du ciel’’ de José Marti

Né en 1853 à la Havane, dans une famille d’origine espagnole, José Marti est poète, philosophe et homme politique cubain.

Fondateur en 1892 du Parti révolutionnaire cubain, il est considéré comme le héros national de la lutte pour l’indépendance. Exilé en Espagne, il réussit à faire des études supérieures et sillonne l’Europe pour des conférences sur son pays et toute l’Amérique latine où il reste de nos jours, une grande figure de son émancipation. La Révolution cubaine de 1959 se réclame de sa pensée.  Il décède à Cuba en 1895.

Tahar Bekri

Des fleurs ? Je n’en veux pas ! Celles du ciel

Je cueillerai, quand, comme la racine

D’un mont brisé, le vil, le corporel

Vêtement qui me serre la poitrine,

Où le cœur bat trop fort, sera fendu

Par l’élan frénétique, et que les têtes

Du serpent qui me mord – il a mordu

Depuis toujours les âmes des poètes –

Tomberont sous l’azur, sous les rayons

De la foi, sous le bec de tourterelles :

Quand je pourrai crier «Appareillons »

Quand mes bras impuissants seront des ailes

Par mes yeux descendra dans la poussière

Un fleuve d’espérance et de lumière,

Pendant qu’au fond de mes jardins humides

Prendront des fleurs les troubadours timides/…

Et moi, pâle d’amour debout sur l’ombre,

Enveloppé de gigantesques voiles,

Déroulant sans trembler le fil du Nombre

Je formerai deux grands bouquets d’étoiles

Pour le sein tiède de ma Dame obscure

Et pour sa délirante chevelure.

‘‘Vers simples’’ (1891). Ed.  Bernard Grasset, 1937.

Traduit de l’espagnol par Armand Godoy

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