Kaïs Saïed à El-Mnihla pour quoi faire ?

A chaque fois que son absence suscite des rumeurs dans l’opinion publique, le président de la république Kaïs Saïed effectue ce que les médias officiels appellent une «visite surprise» ou une «visite inopinée», souvent le soir ou en pleine nuit, dans une ville de l’intérieur du pays ou un quartier populaire de Tunis où, selon ces mêmes médias, il va à la rencontre des citoyens présents sur place et écoute leurs préoccupations concernant les défaillances des services de base ou leurs revendications socio-économiques. (Photo d’archives : Kaïs Saïed à El-Mnihla et El-Intilaqa en octobre 2023).

Latif Belhedi

Hier soir, dimanche 5 juillet 2026, Saïed s’est rendu dans les quartiers populaires d’El-Intilaqa et d’El-Mnihla, au nord-ouest de la capitale. Cette visite, rapportée par des médias officiels, notamment l’agence Tap, n’a pas fait l’objet de communication officielle sur la page Facebook du Palais de Carthage, où, au moment où nous avons mis en ligne cet article (soit le lundi 6 juillet à 13h15), la dernière activité présidentielle documentée remonte au 29 juin dernier.

Il reste à s’interroger sur l’objet de ces visites et leur signification. Elles servent, d’abord, à faire taire certaines rumeurs sur les raisons de l’absence du chef de l’Etat. Mais quoi encore ? Elles permettent aussi à Kaïs Saïed d’occuper le terrain de l’actualité et de prouver que, malgré les critiques que sa gestion du pays suscite dans certains cercles, en Tunisie et à l’étranger, il garde un contact pour ainsi dire physique avec le pays réel.

Enfin, ces visites sont comme un baromètre qui permet de mesurer la popularité supposée du locataire du Palais de Carthage, qui affectionne ces contacts directs – bien coordonnés et soigneusement sécurisés – avec le peuple, dont il pense être non pas seulement le porte-parole exclusif, mais également l’incarnation absolue. «Le peuple c’est moi», semble-t-il dire.

Le président populiste, qui s’est fait élire en 2019 et réélire en 2024, sur le slogan «Echaâb yourid» («Le peuple veut»), cherche-t-il à montrer, par ces visites, qu’il n’a pas oublié le peuple qui l’a élu, comme le lui reprochent du reste, à tort ou à raison, certains de ses adversaires et de ses opposants. Ces derniers affirment souvent, à l’appui de leurs critiques, que ces visites sont rarement suivies de décisions ou de mesures concrètes visant à satisfaire les revendications des citoyens rencontrés, de dissiper leurs peurs ou de calmer leurs inquiétudes.

Pour Saïed, qui affectionne les symboles, ces visites nocturnes, dont beaucoup ne voient ni la nécessité ni l’intérêt, semblent n’avoir qu’une portée symbolique : elles disent que le Prince des Croyants veille sur le bien-être de ses sujets. Quand on sait la vénération que Saïed voue à Omar Al-Khattab et les premiers califes de l’islam, on ne peut ne pas faire un tel rapprochement.

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