Netanyahu hérisse ses alliés aux Emirats

Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a confirmé mercredi 13 mai 2026 que ce dernier avait effectué une visite secrète aux Émirats arabes unis fin mars en pleine guerre contre l’Iran. La divulgation de cette visite par les Israéliens a irrité les Émiratis qui l’ont démentie ! Al-Monitor indique qu’après la révélation de cette visite par les médias israéliens, le bureau du Premier ministre a publié un communiqué confirmant le voyage et le qualifiant de «percée historique dans les relations entre Israël et les Émirats arabes unis».

Imed Bahri

La décision de Netanyahu de révéler cette visite dans un pays voisin de l’Iran en pleine guerre régionale –qui a éclaté suite à la décision conjointe du Premier ministre israélien et du président américain Donald Trump d’attaquer l’Iran le 28 février– semble avoir eu pour but de détourner l’attention de l’opinion publique israélienne de ses difficultés politiques intérieures et de marquer des points politiques avant une campagne électorale cruciale cet automne.

La semaine dernière, les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid -ce dernier étant désormais chef de l’opposition- ont formé une alliance, accentuant la pression sur Netanyahu avant les élections prévues en octobre 2026.

Un sondage publié mardi par la chaîne de télévision publique israélienne Kan a révélé que la nouvelle alliance entre Bennett et Lapid, qui est baptisée BeYakhad (Ensemble) est le seul bloc politique actuellement capable de concurrencer sérieusement le Likoud de Netanyahu.

Le sondage indique que si des élections avaient lieu aujourd’hui, l’alliance Bennett-Lapid remporterait 25 sièges, soit un de moins que le Likoud, et serait mieux placée pour former une coalition gouvernementale.

«Un acte irresponsable» 

Un ancien diplomate israélien de haut rang a déclaré à Al-Monitor, sous couvert d’anonymat : «Révéler cette visite était un acte irresponsable. Cela a causé un préjudice considérable aux Émirats arabes unis et à la crédibilité d’Israël auprès de ses alliés, pour un gain politique et médiatique marginal et à court terme». Il a ajouté : «Trahir son allié le plus important dans la région pour un demi-point médiatique est sidérant». Cela a produit l’effet inverse.

Le ministère des Affaires étrangères des Émirats a réagi jeudi par un communiqué inhabituellement ferme niant la visite : «Les allégations concernant des visites non annoncées sont sans fondement, à moins qu’elles ne proviennent des autorités officielles compétentes des Émirats arabes unis». Le communiqué ajoute : «Les Émirats arabes unis affirment que leurs relations avec Israël relèvent de relations publiques menées dans le cadre des accords d’Abraham, bien connus et officiellement déclarés, et ne reposent pas sur des arrangements opaques ou informels».

Un haut responsable israélien, s’exprimant sous couvert d’anonymat au sujet des répercussions de la crise, a déclaré : «Netanyahu est fini là-bas. Ils ont enfin compris à quel point il n’est pas fiable. Depuis le début de la guerre, les relations s’étaient approfondies, et maintenant tout est détruit».

Accords d’Abraham et renforcement des liens

En janvier 2020, à la fin de son premier mandat, Trump a négocié les accords d’Abraham, établissant des relations entre Israël et Bahreïn, le Maroc, le Soudan et les Émirats.

Malgré cette normalisation, les Émirats ont résisté aux pressions visant à inviter Netanyahu pour une visite officielle. Après sa défaite aux élections de 2021, Abou Dhabi a accueilli son successeur Naftali Bennett en décembre de la même année, lui réservant un accueil public chaleureux et une rencontre avec le président émirati Mohammed ben Zayed.

Lapid s’est également rendu aux Émirats en 2021 en tant que ministre des Affaires étrangères, puis y est retourné en 2025 comme chef de l’opposition. Parallèlement, le président israélien Isaac Herzog a effectué plusieurs visites à Abou Dhabi, témoignant du développement des relations bilatérales et sécuritaires.

Après son retour au pouvoir en janvier 2023, Netanyahu a sollicité à plusieurs reprises une invitation aux Émirats, mais ses efforts ont été contrariés par les événements du 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi à Gaza. 

Cependant, la guerre contre l’Iran –notamment l’assassinat de dirigeants clés, les dommages causés aux programmes nucléaire et balistique iraniens et le renforcement de la coopération sécuritaire avec les Émirats– a apparemment amélioré la position de Netanyahu à Abou Dhabi.

Coopération à des niveaux sans précédent

Bien que les Émirats aient publiquement critiqué certaines actions d’Israël contre l’Iran durant le conflit actuel, la coopération en coulisses aurait atteint des niveaux sans précédent.

Israël a déployé ses systèmes de défense aérienne les plus performants aux Émirats ainsi que du personnel militaire afin de contribuer à l’interception des missiles iraniens.

Le Financial Times a également rapporté qu’Israël avait fourni aux Émirats une version de son système de défense aérienne laser Iron Beam.

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, le pasteur évangélique Mike Huckabee, a confirmé mardi 12 mai qu’Israël avait envoyé une batterie du système Dôme de fer, ainsi que des technologies de défense avancées et des experts militaires, pour assister les Émirats.

Un diplomate du Moyen-Orient a déclaré à Al-Monitor sous couvert d’anonymat : «Israël a pratiquement mis toutes ses capacités à la disposition des Émirats arabes unis et cela a fonctionné jusqu’à cet acte de vantardise inapproprié»

Tout s’est (momentanément) effondré

Selon un haut responsable israélien : «Ce qui est véritablement inquiétant, c’est que les relations s’étaient renforcées pendant toute la guerre et que la position de Netanyahu aux Émirats s’était même accrue. Il était sur le point de recevoir une invitation officielle pour une visite d’État». Il a ajouté : «Malgré les réserves que Mohammed Ben Zayed avait exprimées à son sujet, il semblait que la glace avait enfin été brisée. Or, tout s’est à nouveau effondré».

L’ancien chef de cabinet de Netanyahu Zeev Agman a réagi au démenti émirati concernant la visite en confirmant qu’il avait accompagné Netanyahu et que l’accueil était exceptionnel. Agman a écrit sur sa page Facebook : «Le Premier ministre a été reçu à Abou Dhabi avec les honneurs. Le cheikh a témoigné un grand respect au Premier ministre et l’a personnellement conduit de l’avion au palais dans sa propre voiture. Les accords conclus lors de cette visite extraordinaire resteront gravés dans les mémoires».

Les fuites médiatiques qui ont incité le bureau de Netanyahu à publier ce communiqué indiquaient également que le chef du Mossad, David Barnea, et le chef du Shin Bet, David Zini, s’étaient rendus aux Émirats pendant la guerre. Barnea s’y était rendu au moins à deux reprises. 

Vendredi, la chaîne de télévision publique Kan a rapporté que le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir, s’était lui aussi rendu aux Émirats pendant la guerre pour rencontrer Mohammed Ben Zayed et de hauts responsables de la sécurité émiratie.

Un haut responsable israélien a déclaré : «Après le début des fuites, le bureau du Premier ministre aurait simplement dû garder le silence, comme c’est l’usage dans ce genre de situation. Mais il n’a pas pu s’en empêcher». Il a ajouté : «Les Émirats publient rarement des démentis aussi catégoriques. Cela témoigne de l’ampleur de la colère et du sentiment de trahison. Révéler une telle chose en pleine guerre alors que les Émirats sont en conflit direct avec l’Iran et continueront d’en subir les conséquences par la suite, est inconcevable».

Selon plusieurs sources politiques s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès d’Al-Monitor, le cabinet de Netanyahu a tenté d’organiser une visite officielle aux Émirats après la divulgation du voyage. «Ils ont essuyé un refus catégorique, voire un affront», a déclaré une source politique israélienne proche du dossier. «Le simple fait qu’ils aient osé solliciter une visite officielle après tous ces dégâts est sidérant», a ajouté la source.

S’agit-il d’un dommage temporaire ou d’une rupture stratégique ?

Les relations entre Israël et les Émirats ont résisté à de multiples crises régionales et guerres depuis leur normalisation il y a plus de six ans et les deux parties semblaient désireuses de les renforcer davantage. Abou Dhabi avait également manifesté son intérêt pour participer aux efforts de reconstruction et de stabilisation de Gaza. «À l’heure actuelle, ils sont furieux et ne veulent plus entendre parler de Netanyahu», a déclaré la source politique israélienne. «Nous ne pouvons qu’espérer qu’il s’agit d’un dommage tactique et temporaire et non d’une rupture stratégique», a-t-elle ajouté.

Selon des sources diplomatiques à Abou Dhabi, les chances que Netanyahu effectue une visite officielle aux Émirats avant les élections israéliennes d’octobre semblent extrêmement minces. Toutefois, s’il remporte les élections, Mohammed Ben Zayed pourrait se trouver confronté à un dilemme délicat.

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