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La Tunisie peut-elle encore attirer des IDE ?

Avec la promulgation de la Loi de Finance 2021, le régime de faveur accordé à l’exportation en Tunisie est aboli. Est-ce une bonne idée pour relancer l’investissement extérieur qui pique du nez ?

Par Atef Hannachi *

Depuis la promulgation de la fameuse loi de 1972, l’économie tunisienne a favorisé l’exportation et attiré les investissements directs étrangers (IDE). L’Etat a fait des opérations d’exportations la locomotive de la croissance dans notre pays et plusieurs institutions étatiques ont été créées pour accompagner cette dynamique. Le législateur, pour sa part, a promulgué plusieurs textes juridiques pour faciliter et encourager ces opérations.

Cependant, et depuis la révolution de 2011, nous assistons à une réduction continue du stock des IDE en Tunisie, malgré son importance pour l’économie tunisienne, notamment en termes de contribution au PIB et à l’emploi.

Les chiffres du mois de juin 2020 publié par l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (Fipa Tunisia) démontrent une rétraction de 14,2% des flux d’investissement par rapport aux années précédentes comme suit :

Dans le contexte actuel de crise sanitaire et économique, nous nous sommes interrogés sur la nouvelle stratégie à suivre par l’Etat pour la promotion des IDE, surtout après l’abolition du régime fiscal de faveur, et à mettre en place lors des prochaines manifestations économiques internationales, notamment la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad, 2022).

L’analyse comparative avec les pays africains démontre qu’actuellement le Maroc est en tête de liste en termes d’attraction d’IDE en Afrique, très loin devant la Tunisie, en perte de vitesse à tous les niveaux.

Le Maroc montre la voie

D’après les derniers chiffres, le Maroc a attiré près de 2,57 milliards de dollars d’IDE en 2017 soit une hausse de 12% par rapport à 2016. Reconnu comme étant l’un des meilleurs marchés émergents pour l’investissement étrangers, le pays attire des investissements surtout vers les secteurs de l’énergie, des infrastructures, du tourisme et des nouvelles technologies. Et contrairement à la Tunisie, nous remarquons que le stock d’IDE au Maroc reste concentré sur les domaines classiques de l’industrie manufacturière.

La stratégie mise en place par ce pays voisin est portée par un bouquet de mesures et d’instruments de facilitation, dont les accords de promotion et de protections des investissements; la réforme du cadre comptable; la création du Comité national de simplification des procédures d’investissement (2006); les Centres régionaux d’investissements (2002); l’Agence marocaine pour le développement des investissements; le Plan Maroc Vert pour la promotion de l’agriculture (2008); le plan d’accélération industrielle (ou Stratégie Emergence 2009-2015); le plan Rawaj pour le développement du commerce et de la distribution; la stratégie du tourisme intitulée Vision 2020; la stratégie énergétique 2030; la stratégie de compétitivité logistique; la stratégie portuaire à l’horizon 2030; la vision 2015 de l’artisanat; le développement de pôles technologiques et le développement de l’infrastructure logistique, etc.

Les efforts ainsi déployés ont amené à l’amélioration du classement du pays au niveau des indicateurs internationaux d’investissement. Il se positionne à la 68e place au classement global du Doing Business 2017 de la Banque Mondiale, et à la 70e dans le classement de compétitivité du Forum économique mondial de Davos.

Adoption de la notion de valeur ajoutée pays

Nous autres Tunisiens, qui avions longtemps précédé nos voisins Marocains en matière d’attraction des investissements extérieurs, avons beaucoup reculé ces dernières années dans ce domaine, et nos atouts historiques, notamment notre main d’œuvre de qualité, ne sont plus désormais attractifs. Aussi sommes-nous dans l’obligation de revoir notre stratégie nationale d’attraction des IDE pour tenter de relancer l’investissement extérieur au risque de voir des pans entiers de notre économie en chute libre.

Cette stratégie devrait suivre le changement des facteurs d’attraction jadis concentré sur les coûts comparatifs par l’adoption de la notion de valeur ajoutée pays. Et la Tunisie, qui a développé plusieurs écosystèmes industriels (électronique, aéronautique, TIC, digitalisation, etc.) n’en manque pas

* Expert comptable.

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