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Tunisie : Les dessous de la démission de Nadia Akacha

La démission de Nadia Akacha, ex-directrice du cabinet du président de la république, Kaïs Saïed, aurait pu être un non-événement, car elle ne risque pas de changer grand-chose au destin de la nation tunisienne, mais le fait que ce soit la énième démission dans l’entourage du chef de l’Etat en moins de deux ans et qu’elle ne soit pas officiellement annoncée par le palais de Carthage, comme toutes celles qui l’ont précédée jusque-là, prouve, s’il en est besoin, que la présidence de la république ne voit pas d’intérêt ou d’utilité à expliquer les causes de ce «courant d’air» et cela a de quoi interpeller les observateurs. Le peuple a beau vouloir, pour paraphraser le fameux slogan électoral de M. Saïed, ne mérite-t-il pas qu’on lui explique ce qui se passe dans l’antre même du pouvoir suprême ?

Par Imed Bahri

Si Mme Akacha s’est résignée à annoncer elle-même, via un post publié sur sa page Facebook, hier, lundi 24 janvier 2022, qu’elle avait remis sa démission aux chef de l’Etat, c’est parce sa «disparition de la scène», remarquée depuis quelque temps, commençait à faire jaser le tout Tunis et à alimenter les rumeurs les plus folles et qu’elle a compris que la présidence de la république n’allait pas «s’abaisser» au point d’annoncer son départ et encore moins de l’expliquer.

Mme Akacha, dont le départ a sans doute fait plaisir à beaucoup de gens, n’aurait jamais dû accéder à la notoriété qui fut la sienne pendant deux ans, car cette illustre inconnue, universitaire de son état et ancienne élève de Kaïs Saïed, a été sortie de l’anonymat par ce dernier qui, à sa prise de fonction au palais de Carthage et cherchant à s’entourer de personnes de confiance, l’a «bombardée» ministre directrice du cabinet présidentiel. Elle n’avait aucune expérience politique et sa connaissance livresque du pouvoir ne l’habilitait pas à occuper une fonction aussi importante au cœur de l’Etat où, d’ailleurs elle a multiplié les bourdes qu’on a évoquées dans ce journal en leur temps et sur lesquelles nous ne voudrions pas revenir ici.

Punie par là où elle a péché

On retiendra surtout que Mme Akacha a finalement été punie par là où elle a péché. Croyant bénéficier de la confiance aveugle du président de la république, qui ne lui refusait rien, que n’a-t-elle pas fait pour faire le vide autour de ce dernier et, en deux ans, on ne compte plus les proches collaborateurs de Kaïs Saïed qu’elle avait fait éjecter après seulement quelques semaines ou quelques mois de micmacs, de croche-pieds et de clashs retentissants.

Sur le tableau de chasse de Mme Akacha, un animal politique à sang froid, qui parle peu (ou jamais) mais mord tout le temps, on compte (excusez du peu !), Abderraouf Betbaieb, un diplomate de carrière, ex-ministre conseiller, le général Mohamed Salah Hamdi, ancien conseiller à la sécurité nationale, Noureddine Erray, ex-ministre des Affaires étrangères, Kaïs Kabtani, représentant de la Tunisie à l’Organisation des Nations-Unies, qui a d’ailleurs porté plainte contre elle pour diffamation, Rachidha Ennaifer, ancienne journaliste et professeur de droit, conseillère principale responsable de l’information, ou autres Hella Lahbib et Rym Gacem, journalistes attachées au service de l’information de la présidence qui ont jeté l’éponge après quelques semaines au palais de Carthage.

Froideur, absence d’empathie et coups de griffe

Peut-être que cette liste n’est pas complète et qu’on a oublié d’autres «victimes de Mme Akacha», mais la disgrâce de cette dernière n’est pas déméritée, loin s’en faut, car on a vraiment du mal à lui attribuer un quelconque apport positif au travail de la présidence de la république. Ceux qui l’ont côtoyée n’ont, en tout cas, retenu que sa froideur, son absence d’empathie et ses coups de griffe. Elle a un autre défaut, fatal quand on est appelé à assumer une fonction aux plus hauts échelons de l’Etat : elle ne sait pas travailler en équipe et cherche à doubler tout le monde, quitte à se mettre tout le temps en travers du chemin de ses collègues. M. Erray, par exemple, s’était plaint au président du fait qu’elle ne passait jamais par lui pour communiquer avec ses plus proches collaborateurs. D’autres lui reprochaient de ne pas les convoquer aux réunions dans lesquelles leur présence était pourtant nécessaire. Entre autres micmacs.

Mme Akacha a beau expliquer dans le post annonçant sa démission qu’elle avait pris cette décision après deux ans de travail, durant lesquelles elle eût «l’honneur d’œuvrer pour l’intérêt supérieur du pays depuis son poste aux côté du président Kaïs Saïed» et qu’elle l’a prise à cause de «divergences fondamentales de points de vue liées à cet intérêt supérieur», on a du mal à croire que son départ a été dicté par des divergences d’opinions, car des opinions, on l’a jamais entendue en exprimer, ni avant et après son accession au palais de Carthage.

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