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Patrimoine: Un bijou des Beys de Tunis en vente jeudi à Monte-Carlo

Bijou-des-beys

Un important bijou historique, une émeraude ayant appartenu aux Beys de Tunis, sera vendu aux enchères, jeudi 23 juillet 2015, à Monte-Carlo.  

Par-delà sa valeur marchande, estimée à près de 50.000 euros (plus de 120.000 dinars), cette pierre précieuse est censée appartenir à l’Etat tunisien, qui devrait s’opposer à sa vente ou, mieux encore, enquêter sur le long cheminement qui a permis à ce patrimoine national d’échouer dans une vente aux enchères à l’Hôtel des Ventes de Monte-Carlo (HVMC).

Il convient de signaler ici que, selon une expertise établie par la Trésorerie Général de Tunisie en 1995, les émeraudes retrouvées sont des copies (sic !), les originales ayant été retirées et vendues, après la chute de la dynastie Husseinite. Reste à établir par qui?

Les beys Husseinites, qui ont régné en Tunisie jusqu’au 25 juillet 1957, date de la proclamation de la république, n’étaient pas particulièrement riches, mais ils ont laissé quelques «bijoux de la couronne» qui ont été éparpillés, depuis, aux quatre coins du monde, rachetés par des collectionneurs privés à quelques receleurs bien de chez nous.

La pierre précieuse qui sera mise en vente, après-demain, à Monte-Carlo, est l’une des deux émeraudes qui étaient serties sur le ceinturon de la tenue officielle d’apparat portée par tous les Beys de Tunis régnants de la dynastie Husseinite depuis le XIXe siècle.

Ce bijou historique est visible, pour la première fois, sur le portrait représentant le 12e Bey de Tunis, le Prince Sadok Bey (1813-1882) et ensuite sur tous les portraits officiels représentant les souverains régnant de cette dynastie jusqu’au dernier Bey de Tunis, le Prince Lamine Bey (1881-1962).

C’est après 14 ans de règne, que le 15 juillet 1957, le Prince Lamine Bey est placé en résidence surveillée ainsi que les princes de sa famille, par Habib Bourguiba, qui allait proclamer la république, 10 jours plus tard, par l’assemblée constituante, et abolir le règne des Beys de Tunis.

Le Prince Lamine Bey devient ainsi le dernier souverain de cette dynastie ayant régné sur Tunis et sa région depuis 1705. Et c’est donc en 1957 que l’émeraude est démontée de son ceinturon et remontée dans sa monture actuelle sertie de rubis.

«Cet objet historique fut acquis à la mort de Lamine Bey en 1962 par le père de l’actuelle propriétaire. Une lettre autographe signée par le Prince Soliman Bey, fait à Neuilly le 2 septembre 1985, atteste l’origine historique de cette pierre», indique la brochure relative à la vente.

La lettre en question affirme ceci: «Je soussigné, Prince Soliman Bey, fils du défunt prince héritier, Sidi Azzedine, Bey et petit-fils de S.A. Ahmed Pacha Bey, ayant occupé le trône de Tunisie de 1929 à 1942, atteste par la présente, que l’émeraude certifiée par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, le 19 septembre 1985, est effectivement d’une des deux pierres serties dans le ceinturon figurant sur la photographie ci-jointe. Ce ceinturon comportant deux émeraudes de taille légèrement différentes faisait partie de la tenue officielle d’apparat de tous les Beys régnants, dans leur avènement au trône».

Cependant, on pourrait avoir des doutes sur l’authenticité de cette attestation. D’autant que le portrait de S.A. le Prince Ahmed II (1862-1942), Pacha Bey de Tunisie, portant le ceinturon royal où figure l’émeraude, est en fait, celui de Moncef Bey. Et le Prince Soliman Bey, dont on reproduit la soi-disant attestation, est, certes, le fils Ezzeddine Bey, prince-héritier, assassiné en 1952 par des nationalistes, mais il n’est pas le petit-fils de Ahmed Pacha Bey, comme mentionné, mais de Mustapha Bey !

Cette présentation est, à l’évidence, très mal ficelée par le revendeur actuel.

I. B.

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