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Les législatives provoquent des divisions au sein d’Ennahdha : Rached Ghannouchi pointé par ses «frères»

Rached Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahdha, a bidouillé la majorité des listes des candidats du parti aux élections législatives : 30 têtes de listes sur les 33 élus lors des primaires ont été changés à la dernière minutes par le cheikh.

C’est ce qu’a indiqué Hatem Boulabiar, membre du Conseil de la Choura du parti islamiste, dans une déclaration aujourd’hui, mardi 17 juillet 2019, sur RTCI, en assurant que le règlement intérieur du parti autorise le président de modifier 10% des têtes de liste et ce dans des cas exceptionnels. M. Ghannouchi pouvait donc modifier 3 et pas 30 comme il l’a fait.

«C’est un carnage, il y a eu crise de la démocratie, dimanche dernier», déplore M. Boulabiar, en ajoutant : «On n’est pas une secte, on n’est pas une secte. M. Ghannouchi n’a pas eu une attitude démocratique».

La situation est si conflictuelle que, contrairement aux habitudes où les crises étaient étouffées dans l’œuf, les langues commencent à se délier et pas seulement à l’intérieur du mouvement. La polémique déborde et enfle dans les réseaux sociaux et les médias, avec des déclarations plus enflammées les unes que les autres. La façade se fissure et le semblant d’unité ne trompe plus personne: Ennahdha est en train de subir le même sort que les autres partis, secoués par des querelles de leadership.

Hatem Boulabiar exprime, aujourd’hui, des griefs contre le président du mouvement partagés par beaucoup d’autres dirigeants, tels Mohamed Ben Salem, Abdellatif Mekki ou autres Samir Dilou.

Hatem Boulabiar.

Pour faire face à la crise actuelle, une réunion exceptionnelle du Conseil de la Choura est prévue samedi prochain. Encore faut-il que le bureau exécutif, instance contrôlée par M. Ghannouchi, valide cette décision. Ladite réunion devant rassembler les membres des deux instances a été demandée par 57 membre du Conseil de la Choura (plus du tiers exigé par le règlement interne du parti).

«Pourquoi 5.000 élus ont-il voté les 2, 9 et 16 juillet dans toutes les régions du pays pour choisir leurs candidats aux législatives, si, au final, on manipule le résultat des votes ?», s’est interrogé M. Boulabiar.

«C’est la première fois dans l’histoire d’Ennahdha qu’il y a des fractures. Il y a là une vraie crise mais je pense que monsieur Ghannouchi va revenir à la raison. Il a tenté le coup, mais bon, tout le monde va être raisonnable et on va trouver une issue», insiste le dirigeant nahdhaoui.

Avec son habituelle langue de bois (circulez, il n’y a rien à voir !), le porte-parole d’Ennahdha, Imed Khemiri, a tenté de minimiser les faits et de noyer le poisson. Selon lui, il y a de simples divergences et non des fissures. «Ceux qui pensent qu’Ennahdha est sur le point d’imploser peuvent toujours rêver», a-t-il déclaré aujourd’hui, sur Mosaïque FM.

Rappelons que parmi les changements de dernière minute introduits par M. Ghannouchi, le chef d’Ennahdha s’est placé lui-même comme tête de liste d’Ennahdha pour les législatives dans la circonscription de Tunis 1, en remplacement de Abdellatif El Mekki, et placé ce dernier, en guise de consolation, comme tête de liste de la circonscription du Kef.

Ce changement est expliqué par la volonté du président d’Ennahdha d’accéder à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et d’en prendre la présidentielle, le Palais de Carthage, qu’il briguait jusque-là, étant devenu pour lui quasi inaccessible.

Y. N.

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