Né en 1936 Alma-Ata au Kazakhhstan, Oljas Souleimanov est considéré comme l’un des poètes les plus importants de langue russe.
Géologue de formation, il publie son premier recueil, en 1961. Son œuvre joint poésie et prose, essais, philologie et histoire, scénarios de films. Il se passionne pour l’histoire de Sumer, l’égyptologie, les tablettes cunéiformes et l’histoire de l’écriture.
Ce qui marquera l’écriture de Souleimanov, mêlant souffle épique, connaissances historiques, reprenant des épopées anciennes kazakhs, creusant les différentes couches culturelles avec liberté et ironie, tout en restant grave et profond.
Certains le qualifient de géologue-poète.
Tahar Bekri
Les yeux fermés, les lèvres mi-closes
et les cheveux recouvrent le cou,
elle ressemblait à Ishtorê,
la déesse de la chair.
C’était midi. Doucement et paisiblement bourdonnaient
les abeilles d’Assyrie.
Ecrasées par les Scythes, faisaient les mortes les grasses cités.
L’univers se reposait tristement des batailles.
Le cheval de la passion d’un bond se cabra
Ses coups de sabot atteignaient la tempe.
Révélons un secret :
Le khan, tel une abeille, s’élança vers la fleur,
L’ombre de l’abeille assombrit la fleur
et la fleur se ferma/
Je sentais un merveilleux parfum rose ombreux,
répandait ses sépales le perce-neige anguleux,
dans l’infini de la fleur se ruait le guerrier
bourdonnant de senteur
tout velu.
Le silence marchait doucement sur le pré,
cliquetaient des pavots les armures de bronze.
Et sans cacher son aiguillon, volait l’abeille
et n’imposait pas les tulipes en faute.
Comme si sur les prairies était descendue
la félicité,
silencieux sonnaient le glas des orchidées.
O Ishapaka, ne crois pas aux sentiments aquilins,
mais crois les abeilles,
pressentiments ailés.
Elles entrent en vous
et vous piquent le cœur
et le tourment du miel
est rendu en venin.
Traduit du russe par Léon Borel.
»Le Livre de glaise », Publications Orientalistes de France, 1977.
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