Football | One, two, three… Où va l’Algérie ?

L’Algérie a bouclé un premier tour satisfaisant à la CAN Maroc. Les Fennecs joueront demain, samedi 10 janvier 2026, à 17 heures, contre les solides Nigérians en quart de finale de la compétition. En pouvant compter sur l’expérience du très bon joueur qu’est Riyad Mahrez. À présent des interrogations qui subsistaient se sont évaporées. N’empêchant toutefois pas quelques nouveaux questionnements de pointer à l’horizon, notamment dans le domaine médiatique où le staff algérien devra faire plus attention, en espérant que les joueurs se surveillent eux-mêmes dans le même temps. (Ph. Luca Zidane et les « Fennecs«  affichent leur piété sur les réseaux sociaux. Ali Belhadj et le Front islamique du salut apprécieront beaucoup).

Jean-Guillaume Lozato

Des buts marqués. Très peu de buts concédés. Quelques belles séquences de jeu. Quelques autres plus moyennes. Une première occupée dans son groupe et un accès en huitième de finale qui s’est soldé par un passage au tour suivant.

L’Algérie peut-elle nous offrir quelque chose de grandiose pour la suite des événements ?

Si l’on adopte une posture attachée strictement aux statistiques, alors il revient à constater que la candidature algérienne au titre possède un très bon dossier. Avec trois victoires en trois matches, l’équipe nationale algérienne a impressionné tout de suite en infligeant un cinglant 3-0 au Soudan. Un score qui aurait pu être encore plus lourd au vu de la physionomie de cette opposition.

Des résultats très probants

Après cet épisode de domination quasi complète est arrivé le test contre le Burkina Faso : victoire algérienne 1-0. Pour ensuite gagner 3-1 contre la Guinée Équatoriale. L’équipe au maillot vert a donc terminé première de son groupe au premier tour. Avec l’avantage psychologique de compter 7 buts marqués pour seulement un petit but encaissé. Avec des auteurs réguliers (Riyad Mahrez et Ibrahim Maza, et d’autres intervenants plus ponctuels).

Cette différence de buts officialise le vrai tournant de cette sélection qui a réappris à se discipliner sous le commandement d’un entraîneur national venant de l’ex-Yougoslavie comme un certain Vahid Halilhodzic…

Les débats ont ensuite gagné en intensité, surtout physiquement et athlétiquement en huitièmes. Le genre de situation où l’apport du défenseur Ramy Bensebaini est indispensable. Ce qui n’a pas empêché un nouveau résultat positif sous forme d’un 1-0 en faveur des Verts. Avec un changement de configuration puisque cette fois ils ont dû attendre la toute dernière minute de prolongations pour marquer. Eux qui avaient toujours réussi à inscrire des buts en première mi-temps.

La manière et le mental

Depuis le match amical perdu de justesse 3-4 en Suède il y a quelques mois, il semblerait que les hommes coachés par le Suisso-Croate Vladimir Petkovic aient gagné en cohésion défensive. Cherchant même, et y parvenant, à joindre l’utile à l’agréable en proposant un jeu mieux construit tout en divertissant le public.

Avec sa facilité à passer du 4-2-3-1 au 4-3-3 d’un match à l’autre, parfois d’une mi-temps à l’autre, cette formation est en train de consolider les acquis d’une culture tactique qu’elle maîtrisait peu il y a encore un an. Sa force s’est bâtie à partir de l’astuce de Petkovic à mettre en place le réflexe de mettre le jeu technique au service de la tactique et non l’inverse. Avec une question qui se pose : comment traiter les aspects physiques en match, en les gérant à part ou bien en les faisant interférer avec le schéma tactique au risque d’une confusion ?

C’est ici qu’intervient le rôle capital de la star Riyad Mahrez dépositaire du jeu de par ses gestes techniques répétés, et grâce à sa vision de jeu qui lui permet d’orienter comme de relayer les transmissions de ballon. Ceci est dû à sa fonction de meneur se basant sur un poste compris entre milieu offensif et ailier droit. Ce tout dernier détail est à prendre en considération puisque l’intéressé est gaucher et sait justement très bien induire en erreur ses vis-à-vis lorsqu’il part en accélérant vers le flanc droit de la ligne offensive.

Autre aspect : le mental. Là encore le capitanat de Mahrez est précieux. Avec son expérience très convaincante dans des championnats étrangers, le natif de Clichy en banlieue parisienne sait faire preuve autant de spécialisation que de polyvalence. Son intelligence de jeu a pour effet de rassurer ses compères. Il a fait partie de la très bonne équipe nationale du Mondial 2014 et un retour gagnant parmi les figures marquantes de l’été 2026 n’est pas à exclure si l’international gaucher se concentre et fait preuve de détachement par rapport aux réseaux sociaux où son ex-femme Rita Johal récite davantage le rôle d’influenceuse toxique que celui d’épouse divorcée abasourdie.

C’est précisément le domaine médiatique que le staff algérien devra relativiser, en espérant que les joueurs se surveillent eux-mêmes dans le même temps.

L’arrivée de Luca Zidane et sa titularisation en tant que goal se sont effectivement déroulées dans une ambiance à la limite de la presse «people» qui fait honte à la vraie presse sportive. 

Identité, peoplisation et mascarade 

«C’est une mascarade et tout le monde le sait», s’esclaffe un client originaire du Kef dans un salon de thé tunisien d’une banlieue parisienne lorsque l’on évoque la sélection du fils Zidane et, plus curieusement, celle de Maza pourtant moins médiatisé. «Je supporte avant tout la Tunisie. En deuxième position, je supporte beaucoup plus le Maroc que l’Algérie. Et même la Colombie ou le Brésil je les préfère. Je ne suis pas le seul à penser comme ça et c’est tant mieux» dixit un étudiant né en France mais aux racines familiales établies à Zarzis. Étant donné l’opacité qui règne dans l’espace médiatique algérien d’après beaucoup d’observateurs, pour ne pas dire la désinformation, les propos recueillis en France servent d’indicateur précieux. Car dans l’Hexagone où réside une très importante communauté algérienne, l’absence ou du moins l’atténuation de ce que l’on peut nommer une «omerta» a permis le lancement de débats comme sur la chaîne d’informations en continu CNews suite aux dégradations faites par les supporters des Fennecs. Ou bien l’intensification d’échanges informels qui traduisent peu d’empathie des autres Maghrébins envers les Algériens. Ou entre les Algériens eux-mêmes pour peu qu’ils soient arabophones ou kabylophones. Un émiettement auparavant signalé par nos confrères de Tamurt, dans des articles en date du 13 juin 2014 et du 27 mars 2016 (Coupe du monde : Ces Kabyles qui refusent de supporter l’équipe nationale algérienne et “Les Kabyles ne supportent plus l’équipe nationale algérienne”).

Préserver les plus jeunes de l’équipe est prioritaire. Pour leur équilibre et pour celui de l’équipe. La récupération a eu lieu avec la publication de photos relatives à Luca Zidane et Ibrahim Maza publiées sur le site Oumma.com. Le premier pour son départ à La Mecque afin d’accomplir la ômra. Le second sur un cliché aux côtés de sa mère ostensiblement porteuse d’un long voile islamique. Une mère pourtant vietnamienne. Comme celle d’Ali Belhadj, un des leaders du Front Islamique du Salut (FIS) les plus influents lors de la décennie noire. Mauvais présage ?

N’oublions pas que l’islamisme radical avait caractérisé une célébrité comme l’attaquant Salah Assad et qu’une vague terroriste avait submergé le pays à partir de 1991. Précédée par des troubles majeurs en Kabylie – le berceau de la famille Zidane! – en 1988, sur fond de sécessionnisme régionaliste réactivé récemment par le MAK indépendantiste depuis Paris. 

Ramy K., supporter algérien né en France et tout fier de porter un prénom identique à Bensebaini, y voit de la récupération généralisée : «Il y  a quelques années ça me faisait bien rigoler de voir des joueurs de l’Algérie se prénommer Karl (Medjani) ou Cédric (Si Mohammed). Et maintenant les nouveaux qui arrivent et qui ont le moins de lien avec le pays se forcent à jouer la comédie en prenant des attitudes caricaturales comme pour se racheter une conduite». Le slogan rassembleur “One, two, three…Viva l’Algérie!” ne sera pas de trop. 

Pour l’instant, l’Algérie attend patiemment son match de quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations contre le Nigeria. Une très grosse épreuve où les Fennecs devront afficher l’image d’un ensemble animé par un jeu complet. Pour un match où des garçons comme Ramy Bensebaini ou Mohamed-Amine Tougaï pourraient se comporter en leaders face à des joueurs ayant agi depuis des décennies avec une philosophie de bulldozer. 

L’Algérie a déjà tenu en sa possession les armes nécessaires pour devenir le premier pays afro-arabe quart-de-finaliste ou demi-finaliste d’une Coupe du Monde. En 2014 au Brésil, et surtout si l’on remonte plus loin avec la génération du Mundial espagnol de 1982.

Pour surmonter les épreuves du temps, les Algériens devront bâtir ou fortifier un vrai effectif de joueurs solidaires pendant cette CAN. Une CAN qui servira à s’armer pour aller au Mondial au Canada et aux Etats-Unis. Ainsi qu’au Mexique où il y a exactement quarante ans des luttes intestines avaient commencé à poindre au sein de l’équipe et du staff à partir du clivage entre autochtones et étiquetés «immigrés de France».

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