Sur le chemin de l’école, une fillette de sept ans tombe sur deux tombes silencieuses. Sa question innocente déclenche un dialogue avec sa grand-mère, gardienne des mémoires et des histoires familiales.
Djamal Guettala
Dans ‘‘L’exil de l’amour’’, publié par les éditions Ecovie (Ouagadougou, Burkina Faso), Maiga Assetou Wendyam transforme ce moment simple en une exploration de l’intime et du social, où l’enfance et la mémoire deviennent matière à fiction, et où l’Afrique se révèle dans ses couleurs, ses sons et ses odeurs.
Le roman dépasse le cadre familial. Patrice et Nadège, amis et amoureux contrariés par la société et le destin, incarnent les tensions entre traditions et modernité. À travers eux, Wendyam aborde la fragilité des relations, l’instabilité des couples, la maltraitance des enfants et l’impact des normes venues d’ailleurs sur les vies individuelles. Le Burkina Faso contemporain se dessine comme un espace en mutation, où les élans du cœur doivent composer avec les obligations sociales et les contraintes institutionnelles.
Un Burkina Faso tangible et vivant
Le style de Wendyam Assetou est clair, musical et immersif. Les dialogues résonnent comme les conversations sur les places publiques, et les détails du quotidien — la terre humide après la pluie, le bruissement des feuilles de karité, le goût sucré des mangues, la chaleur du soleil sur la peau — plongent le lecteur dans un Burkina Faso tangible et vivant. Chaque geste, chaque parole, chaque silence devient un élément poétique du récit, transformant la lecture en expérience sensorielle et émotionnelle.
‘‘L’exil de l’amour’’ explore également la transmission familiale et la force de la mémoire. La fillette questionne, la grand-mère raconte, et à travers elles se dessine un regard sur l’Afrique contemporaine, où les jeunes générations naviguent entre traditions, désirs et influences extérieures. Les personnages deviennent des témoins universels : ils portent la fragilité et la résilience humaines, montrant que l’amour et la tendresse peuvent perdurer malgré les obstacles et les épreuves de la vie.
Mais ce roman n’est pas seulement un récit d’émotions. Il reflète la société burkinabè dans toute sa complexité : familles et couples confrontés aux transformations sociales, enfants qui cherchent leur place entre normes et libertés, et adultes qui tentent de préserver des liens malgré la fragilité des structures traditionnelles. Wendyam Assetou réussit à peindre cette réalité avec finesse, sans lourdeur ni jugement, laissant transparaître l’espoir et la beauté des relations humaines.
L’Afrique dans sa fragilité et sa force
‘‘L’exil de l’amour’’ confirme la voix singulière de Maiga Assetou Wendyam. Plus qu’une simple histoire d’amour ou un récit familial, le roman est un voyage dans l’intime et le social, un mélange de sensibilité, de poésie et de critique sociale. Chaque page invite à ressentir l’Afrique dans sa chaleur, sa fragilité et sa force, tout en offrant une réflexion sur les transformations du Burkina Faso contemporain.
‘‘L’exil de l’amour’’ est une ode à l’Afrique et à ses émotions : aux joies simples, aux épreuves, aux traditions et aux changements. Il rappelle que l’amour, même en exil, trouve toujours le chemin pour revenir et s’ancrer dans les vies et les mémoires. Wendyam Assetou y affirme sa maîtrise du récit sensoriel et social, démontrant que la littérature africaine peut être à la fois tendre, lucide et profondément humaine. Pour le lecteur, c’est un voyage à travers les couleurs, les parfums, les voix et les silences d’un pays où la mémoire et l’amour continuent de se transmettre de génération en génération.



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