Etude | Etat et perspectives du marché de l’auto en Tunisie

Les résultats d’une enquête de l’Observatoire de l’Automobile viennent d’être dévoilés dans le cadre des Victoires de l’Automobile, référence annuelle du secteur, organisées le 23 janvier 2026, à Tunis. L’enquête, réalisée par le cabinet spécialisé Emrhod Consulting, décrypte les évolutions, tendances et perspectives du marché automobile tunisien. Elle constitue un outil d’analyse stratégique destiné aux professionnels du secteur, aux décideurs publics et aux acteurs économiques de la filière automobile.

 « Nous avons commandé cette enquête qui permet d’explorer en profondeur le marché de l’automobile, d’en interpréter les évolutions et d’en extraire des enseignements pertinents pour mieux appréhender les attentes des consommateurs », ont déclaré Hédi Hamdi et Sadri Skander, les organisateurs des Victoires de l’Automobile.

Reposant sur une méthodologie quantitative, l’enquête a été conduite auprès d’un échantillon représentatif de 3 000 personnes, couvrant l’ensemble des 24 gouvernorats, en zones urbaines et rurales. « Cette année, la méthodologie a évolué pour s’appuyer sur un échantillon très large de 3 000 répondants, utilisant la méthode du tirage aléatoire. Cette approche garantit une représentativité de l’ensemble de la population tunisienne avec une marge d’erreur estimée à environ 2 % », précise Nébil Belaam, président d’Emrhod Consulting.

L’enquête a été effectuée durant la première quinzaine de janvier 2026, à travers des entretiens administrés selon la méthode Cati et des dispositifs de prospection structurés.

L’Observatoire dresse un état des lieux des comportements et intentions d’achat des automobilistes tunisiens, en abordant notamment l’intention d’acquisition de véhicules neufs et d’occasion, les critères déterminants du choix automobile, les préférences en matière de motorisation (thermique, hybride, électrique), les freins et leviers liés à l’adoption des véhicules électriques, la perception de la fiscalité et des mesures d’incitation, et la fidélité aux marques et l’importance du pays d’origine.

Enseignements clés pour le marché

Les résultats révèlent un marché encore largement dominé par les véhicules thermiques, tout en mettant en évidence une prise de conscience croissante autour des enjeux liés à l’électromobilité, conditionnée par le développement des infrastructures, le coût d’acquisition et les incitations publiques.

L’étude met également en lumière le poids du prix d’achat, du coût d’entretien et de la fiabilité dans la décision des consommateurs. Comme le souligne Nébil Belaam : « L’enquête met en lumière que le critère financier demeure le facteur déterminant et prioritaire dans le processus d’achat des Tunisiens lorsqu’ils choisissent leur véhicule. »

Un marché attentiste mais actif

L’enquête révèle que 55 % des répondants affichent une faible intention d’achat de véhicule dans les 12 prochains mois, contre 32 % une intention modérée et 13 % une intention forte.

Cette prudence traduit un contexte économique contraint, mais l’existence d’un socle de 45 % de consommateurs potentiellement acheteurs confirme la persistance d’une demande latente.

Par ailleurs, l’arbitrage entre véhicules neufs (52 %) et d’occasion (48 %) souligne un marché relativement équilibré, fortement influencé par le pouvoir d’achat.

Le prix et le coût d’usage en tête

Le prix d’achat demeure le critère dominant (44,7%), suivi par la consommation de carburant (29,5 %) et le design (19,9 %).

Le coût d’entretien constitue également un facteur structurant, pris en compte par 82 % des répondants, un taux qui atteint près de 88 % chez certaines catégories budgétaires.

Ces résultats confirment que la décision d’achat repose avant tout sur une logique de coût global de possession, plus que sur l’innovation technologique seule.

La nette domination du thermique

Les préférences en matière de motorisation restent largement en faveur du véhicule thermique, envisagé par 86,6 % des personnes interrogées.

Les véhicules électriques (2,6 %) et hybrides (environ 7 % cumulés) demeurent marginaux, confirmant que la transition énergétique du parc automobile tunisien reste à un stade précoce, malgré une sensibilité croissante aux enjeux environnementaux.

Intérêt pour l’électrique freiné

Parmi les principaux freins à l’adoption du véhicule électrique figurent le coût d’achat jugé trop élevé (26,2 %), le manque de confiance dans la technologie (23,5 %), l’autonomie des batteries (20 %), et le déficit d’infrastructures de recharge (19,6 %).

Toutefois, 83 % des répondants estiment que le marché des véhicules électriques devrait être davantage développé, révélant un décalage entre l’intérêt théorique et la capacité réelle d’adoption.

« Bien que des obstacles majeurs freinent l’achat d’un véhicule électrique avec principalement un coût d’acquisition jugé trop élevé, un manque de confiance dans la technologie et une autonomie encore insuffisante, les perspectives d’avenir sont surprenantes : 39 % des interrogés sont convaincus que la voiture électrique remplacera complètement le véhicule thermique d’ici les 5 prochaines années, tandis que 25 % prévoient plutôt un équilibre durable entre le thermique et l’électrique », explique Nébil Belaam.

Levier de la fiscalité et des incitations

Seuls 46 % des automobilistes déclarent avoir connaissance de la baisse de la fiscalité sur les véhicules hybrides rechargeables, mais parmi eux, 65 % considèrent cette mesure comme incitative.

Ce constat met en évidence un déficit de communication et de lisibilité des dispositifs publics, alors même que les incitations fiscales constituent un levier décisif pour accélérer la transition.

« Concernant la baisse de la fiscalité sur les voitures hybrides rechargeables introduite par la Loi de finances, le constat est sans appel : seuls 46 % des Tunisiens sont informés de cette mesure, contre 54 % qui l’ignorent totalement. Ces chiffres soulignent la nécessité d’une plus grande vulgarisation de cette disposition légale pour encourager la transition énergétique », commente le président d’Emrhod Consulting.

Repères des marques et pays d’origine

La fidélité à la marque reste élevée, avec 59 % de répondants se déclarant fidèles, principalement pour des raisons de fiabilité (59 %) et de service après-vente (37 %).

Par ailleurs, près de deux tiers des consommateurs estiment que le pays d’origine de la marque joue un rôle important dans leur décision d’achat, confirmant le poids de la réputation et de la confiance dans un marché perçu comme engageant financièrement.

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