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Tunisie : Le blues des championnes d’escrime

Azza Besbes, Sarra Besbes et Ines Boubakri.

Ines Boubakri et les sœurs Azza et Sarra Besbes à fleuret moucheté avec la Fédération tunisienne d’escrime (FTE) qui ne les aide pas à améliorer leurs résultats.

Par Hassen Mzoughi

La «conférence de presse» tenue vendredi 28 juillet 2017 à Tunis pour communiquer sur la performance d’Azza Besbes au dernier Mondial d’escrime à Leipzig, en Allemagne, a donné lieu à un vrai procès contre la Fédération tunisienne d’escrime et le ministère de la Jeunesse et des Sports.

La polémique ne date pas d’hier. Azza Besbes, tout comme Ines Boubakri et Sarra Besbes (présente avec sa sœur à la conférence), ont souvent mis en exergue le laxisme voire l’indifférence des instances fédérale et ministérielle à leur égard. Azza Besbes n’a-t-elle pas envisagé de porter plainte en justice, en septembre 2016, contre sa fédération pour diffamation et négligence?

Après les flonflons des officiels de tous bords, voici donc la vraie musique. La réalité vraie. Juste 24 heures après son retour de Leipzg, Azza Besbes a pointé du doigt tous ceux qui se disent «responsables» de l’encadrement de l’élite.

Un grand dossier en fait que les escrimeuses (et d’autres sportifs de haut niveau dans d’autres disciplines) ont toujours posé sur la table. Et, souvent, pour des quart-solutions!

Que fait la fédération pour ses sportifs?

La vice- championne du monde du sabre a souligné que «cette performance ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt».
Elle pointe «l’absence du soutien» de sa fédération et du ministère de la Jeunesse et des Sports, imputant son absence à des tournois du circuit de la coupe du monde au manque de préparation, conséquence de problèmes de logistique.

Le cycle olympique de 4 ans est réduit à quelques 6 mois de travail effectif en raison d’un déficit d’organisation. Le plus beau c’est que l’athlète s’occupe lui-même des procédures. «Où est la fédération? Qu’a-t-on fait pour sécuriser la carrière d’un sportif? A-t-on pris des mesures en ce qui concerne la sécurité sociale, les salaires des sportifs?», s’est-elle interrogée.

Elle a aussi fustigé le laxisme de la fédération quand il s’agit de promouvoir ses performances, ce qui l’a empêchée de conclure des contrats de sponsoring.

Azza Besbes, seule championne tunisienne titrée sur le plan mondial dans les 3 catégories (cadet, junior et sénior) est malheureusement boudée par les sponsors. Malchance ? Pas seulement…

En fait, il n’existe pas de plan de marketing à la fédération pour promouvoir les performances de ses champions, comme le font les fédérations de tennis, de natation et d’athlétisme, bien que l’escrime est la plus compétitive et par plus d’un athlète au plan international.

Azza Besbes s’est plainte également de «la prime modeste» allouée par la tutelle et qui ne lui permet pas de participer régulièrement aux compétitions internationales et compter sur son entraîneur dès le début de la préparation.

C’est quand même surprenant. D’une part le ministère de tutelle invite les sportifs d’élite à conclure des contrats à objectifs et d’autre part n’assure pas les moyens nécessaires à temps.

Présente à cette conférence, la présidente de la Fédération tunisienne d’escrime, Zaida Doghri, s’est contentée de dire que la gestion de la discipline dépend du budget alloué et qu’elle fait de son mieux pour tenir ses engagements avec les athlètes de la sélection. Avant de quitter la tribune pour un long moment, suscitant le mécontentement des journalistes et des soeurs Besbes.

Ines Boubakri : «Des détails qui font la différence»

Azza Besbes n’est pas la seule à parler de l’encadrement sommaire de l’escrime tunisienne. La médaillée de bronze du fleuret des Jeux Olympiques 2016 est également très critique des instances. «La situation est très précaire, je n’ai pas honte de le dire. Nous n’avons pas d’équipements, nous n’avons pas de salle correcte, bien équipée. La Tunisie compte deux salles d’entraînements, mais elles sont dans un état lamentable. C’est bien deux salles, mais il faut voir leur état», avait-t-elle déclaré auparavant à Shems FM.

Le problème vient de la Fédération tunisienne d’Escrime qui n’en fait pas suffisamment pour son sport. Lors de ces J.O, les escrimeuses tunisiennes ont pris en charge personnellement leur kiné. «En fait, le kiné est censé faire partie de la délégation mais nous avons demandé un kiné français, et parce que le staff de la délégation tunisienne a été réduit, on a demandé à notre kiné personnel de venir avec nous à Rio, parce que nous travaillons les 3 (avec Sarra et Azza) avec lui en France. On l’a pris en charge», précise Ines Boubakri.

Selon la fleurettiste, ce genre de détails fait la différence entre une médaille de bronze et une médaille d’or. «Ce sont des détails qui font la différence par rapport à d’autres nations, qui ont des staff plus que complet. Par exemple, en France, ils ont un armurier pour remettre en état le matériel, alors que nous, nous nous en chargeons tous seuls», déclare-t-elle.

Après les très bons résultats obtenus ces dernières années et l’émergence d’escrimeuses de haut niveau sur la scène internationale, l’escrime devrait être popularisée. Normalement, aujourd’hui, le slogan devrait être qu’on va développer ce sport. On n’a pas l’impression qu’on fait l’effort nécessaire dans ce sens.

La Tunisie dispose d’un vivier très prometteur mais sans véritable encadrement. Il y a des jeunes passionnés et de talent qui veulent aller en France. Faute de moyens, ils ne peuvent plus y arriver ici. Ils veulent réussir pourquoi les brider?
Mais quand tu ne trouves pas des gens prêts à se battre pour toi… Les jeunes, on en fait quoi? On les abandonne, ils n’ont pas de stages, ils ne participent pas aux compétitions. C’est finalement le cercle vicieux. Et c’est en grande partie la différence essentielle avec les pays avancés.

«Malheureusement en Tunisie, la seule méthode c’est ‘‘amène des résultats, on verra après’’», renchérit-elle.

 

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