Isidore Ducasse dit Comte de Lautréamont, est né en 1846, à Montevideo, en Uruguay, dans une famille originaire du sud-ouest de la France.
Le pays étant en guerre, il rentre en France et finit par s’installer à Paris où il poursuit ses études secondaires. Il publie son Chant premier, à compte d’auteur, en 1868. S’en suivent cinq chants. Ce seront Les Chants de Maldoror, en 1869.
Il décède, dans des circonstances restées méconnues, à l’âge de 24 ans, en 1870, à Paris, alors en guerre, sous la Commune.
Entre poésie et prose, l’oeuvre de Lautréamont, est une traversée remuante, inventive, rebelle, entre rejet et douleur, noirceur et beauté, dénonciation du mal par le mal, révolte contre l’humain pour être trop humaine, Cela rappelle Rimbaud et Baudelaire.
On pense que le pseudonyme Lautréamont aurait pu lui être imposé l’éditeur pour échapper à la censure, à cause de l’œuvre jugée comme blasphématoire.
Tahar Bekri
Chant premier
Vieil Océan, aux vagues de cristal, tu ressembles proportionnellement à ces marques azurées que l’on voit sur le dos meurtri des mousses ; tu es un immense bleu fait sur le corps de la terre ; j’aime cette comparaison. Ainsi, à ton premier aspect, un souffle prolongé de tristesse, qu’on croirait être le murmure de ta brise suave, passe en laissant des ineffaçables traces, sur l’âme profondément ébranlée, et tu rappelles au souvenir de tes amants, sans qu’on s’en rende toujours compte, les rudes commencements de l’homme, où il fait connaissance avec la douleur qui ne le quitte plus.
Je te salue Vieil Océan
***
Vieil océan, tu es le symbole de l’identité : toujours égal à toi-même. Tu ne varies pas d’une manière essentielle, et, si tes vagues sont quelque part en furie, plus loin, dans quelque autre zone, elles sont dans le calme le plus complet. Tu n’es pas comme l’homme, qui s’arrête dans la rue pour voir deux boule-dogues s’empoigner au cou, mais qui ne s’arrête pas, quand un enterrement passe, qui est ce matin accessible et ce soir de mauvaise humeur; qui rit aujourd’hui et pleure demain.
Je te salue, vieil océan !
***
Vieil Océan, il n’y aurait rien d’impossible à ce que tu caches dans ton sein de futures utilités pour l’homme. Tu lui as déjà donné la baleine. Tu ne laisses pas facilement deviner aux yeux avides des sciences naturelles les milles secrets de ton intime organisation ; tu es modeste. L’homme se vante sans cesse, et pour des minuties.
Je te salue Vieil Océan !
Chant premier (extraits), Les Chants de Maldoror et autres poésies, Ed. Albert Lacroix 1869.



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