‘‘Les Remparts interdits’’ de Kamel Essoussi | Si Sousse m’était conté

Le premier roman de Kamel Essoussi, ‘‘Les Remparts interdits’’ vient d’être publié aux éditions Sikelli, à Tunis. Ce récit fluide, réaliste et profondément touchant sur la complexité des liens familiaux et conjugaux, est disponible dans toutes les bonnes librairies en Tunisie.

Mohamed Sadok Lejri

L’auteur nous plonge dès les premières pages dans l’atmosphère envoûtante de la médina de Sousse et de la capitale des années 1970 et 1980, sur fond de soubresauts politiques — de la tragédie du «jeudi noir» de janvier 1978 jusqu’à nos jours.

Au-delà du simple récit intime, ce roman peint une fresque amoureuse et familiale aux allures d’épopée. Plus qu’un drame familial ou une simple idylle, cette liaison, traversée par les souffles de l’interdit, est portée par deux amants confrontés au regard de la société et emportés par le destin.

Au cœur du récit se trouve le couple formé par Selima et Ameur. À priori, tout les oppose : elle est issue d’un bourg pauvre du Nord-Ouest de la Tunisie, tandis qu’il appartient à la bourgeoisie traditionnelle de Sousse, avec tout ce que cela implique de codes, de préjugés, de malentendus, de frontières tacites… et de remparts interdits.

Kamel Essoussi traite avec une grande subtilité la réticence de la famille d’Ameur à l’égard de Selima. Ce dernier, médecin très apprécié, est la fierté de sa famille et suscite l’admiration de toute la ville. C’est précisément cette retenue dans le traitement d’un sujet aussi sensible, alliée à l’excellente description des différentes phases de la vie du couple, qui fait la force de l’œuvre.

À travers l’évolution de leur relation et toute une galerie de personnages secondaires d’une justesse et d’une authenticité remarquables, Kamel Essoussi tisse un récit fluide, réaliste et profondément touchant sur la complexité des liens familiaux et conjugaux. Il livre ainsi une œuvre puissante, portée par une plume élégante qui élude tout sentimentalisme pour mieux marquer les cœurs et les esprits.

Pour un premier roman, le résultat est indéniable. Captivant et d’une grande richesse, ‘‘Les Remparts interdits’’ se lit d’un trait et consacre Kamel Essoussi comme un auteur au style affirmé et au sens de la narration aiguisé.

Mention spéciale pour la superbe photo de couverture qui annonce d’emblée la couleur : on reconnaît au premier coup d’œil les remparts majestueux de la médina de Sousse, un clin d’œil vibrant à l’enfance et aux racines de l’écrivain. À la fois emblématique et intime, cette image illustre à la perfection le titre et l’âme du livre.

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