Histoire | Les grandes dames, les oubliettes et la jalousie

C’est souvent par une certaine gente féminine inlassable dans la conquête de ses droits que celles qui ont accédé au pouvoir ont d’abord été reniées ; pour ne pas servir un exemple qui dérange plus qu’il n’arrange.

Dr Mounir Hanablia *

Un commentaire récent sur les réseaux sociaux étonne, plus qu’il ne détonne. Non pas parce qu’il scandalise les pasteurs qui ont l’habitude de le faire du haut de leurs chaires hebdomadaires et dont les exhortations, pour César Borgia, traduisent l’emprise qu’ils exercent sur leurs brebis au service du Prince.

Après tout, celle que l’on a appelée la pucelle après avoir entendu des voix lui intimant l’ordre de prendre l’armure et l’épée étincelantes avait péri sur le bûcher pour avoir entretenu commerce avec le diable, selon ses tourmenteurs. Qu’importe qu’elle constitue encore aujourd’hui un symbole de la libération de sa patrie. Non ! C’est le sabir avec lequel ce commentaire a été écrit par une éminente universitaire qui paraît hors de propos par la familiarité qu’il démontre envers si noble dame. Et si le roi fou ne l’avait écoutée et n’avait été grâce à elle couronné, le Plantagenêt aurait régné, et combien de milliers de vies auraient ainsi été épargnées, en faisant l’économie d’un Brexit.

Mais à quoi bon aujourd’hui sortir Jeanne d’Arc, il s’agit d’elle, de sa tombe, si ce n’est pour remplacer les joutes médiévales par d’autres électorales, afin de bouter hors de la patrie l’ennemi dont le sang impur désormais souvent identique aux preux vaillants footballeurs défendant les couleurs du maillot à la poursuite du Graal, abreuve toujours le gazon hors des sillons colonisés dans le Nouveau Monde par le honni étranger.

Si Jeanne d’Arc s’était mariée et avait eu des enfants, si elle avait renoncé à être pucelle pour devenir l’épouse d’un si puissant Roi, il n’y aurait eu ni le Maréchal collaborateur rêvant de la régénération de son pays occupé, ni la Marine (ou le puceau ?) entretenant la flamme d’un illusoire Rassemblement National.

C’est ainsi ! En politique, les femmes puissantes ont toujours été plus haïes qu’adorées, et pas que par les hommes. Car à périr sur un bûcher ou dans un cul de basse fosse, ou bien à être stériles comme l’avait été la reine pas tant que ça vierge, c’est souvent par une certaine gente féminine inlassable dans la conquête de ses droits que celles qui ont accédé au pouvoir ont d’abord été reniées ; pour ne pas servir un exemple qui dérange plus qu’il n’arrange.

Pour si bien dire, chassées par les oubliettes, les Grandes Dames reviennent toujours… par la Jalousie. 

* Médecin de libre pratique.

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