Mondial 2026 | Le Maroc en vedette  

Beaucoup plus en vue ces dernières années que l’Algérie, l’Égypte et la Tunisie, le Maroc du sport de haut niveau tente de tourner délicatement la page sans toutefois la déchirer après l’exploit de 2022 et la toute récente CAN. Grande équipe nord-africaine mais aussi représentante africaine de tout premier plan, la formation maghrébine doit apprendre à faire face à de plus en plus de pression. L’heure est à la concentration, à la confirmation et à la prévision de l’éventuel franchissement d’un nouveau palier.

Jean-Guillaume Lozato *

L’Afrique du Nord doit beaucoup aux Lions de l’Atlas. L’Égypte, avec sa participation à la Coupe du monde de 1934, avait ouvert une légère brèche. Le Maroc, lui, a été la première formation à avoir représenté l’Afrique d’après-guerre et en voie de décolonisation lors de la Coupe du monde Mexico 70.

En 1978, la Tunisie sera la première sélection africaine, maghrébine et arabe à gagner un match au Mondial de l’Argentine (3-1 contre le Mexique) et à faire match nul (0-0) contre l’Allemagne de Sepp Maier.

En 1986, c’est encore le Maroc qui sera la première sélection africaine à franchir le premier tour de la compétition mondiale. La génération des Krimau, Bouderbala, Timoumi, El Haddaoui, Khaïri, El Biyed et autres Zaki ou Lamriss a laissé une marque ineffaçable. Toutefois non poursuivie de grands effets. Mais assez significative pour donner conscience puis confiance à une fédération qui verra son équipe ‘A’ terminer 4e de la CAN de 1988.

De la conscience à la confiance

Non qualifiée pour le «Mondiale» italien de 1990, l’équipe nationale marocaine fera des apparitions entre l’insuffisant, comme à la «World Cup» américaine de 1994, et le presque satisfaisant comme à «France 98». Deux participations consécutives qui n’ont pas trouvé d’écho. Il faudra attendre «Russia 2018» pour revoir courir sur le gazon les hommes au maillot rouge, qui feront rêver le public à «Qatar 2022» avec une accession autant inédite que méritée aux demi-finales. Une inscription au panthéon des plus grands footballeurs, qui aura pour effet une prise de conscience débouchant sur un accroissement de la confiance en soi. Le tout aidé par la richesse d’un effectif qui offre le luxe de contempler deux latéraux différents mais chacun efficace à sa manière avec Achraf Hakimi et Noussair Mazraoui, qui permet de miser sur la relance rapide et une occupation de zone aussi efficace qu’un marquage individuel.

Sur son continent, le Maroc a assis sa réputation. Porté par ses succès sportifs sur le terrain ainsi que par sa grande maîtrise organisationnelle récemment lors de la CAN, il a bénéficié d’un courant diplomatique favorable ces dernières années. Néanmoins, les polémiques ont introduit un léger bémol à ce tableau pourtant bien parti pour être idyllique suite à une finale contre le Sénégal remportée dans les coulisses de CAF.

Cette atténuation, doublée d’un cafouillage médiatique, n’est que plus motivante dans la rivalité à distance avec les autres puissances africaines du football, en particulier avec l’Algérie et le Sénégal. Et elle ne diminue en rien la qualité intrinsèque d’un groupe de joueurs qui a produit un travail héroïque contre les Pays-Bas, aux 16e de finale du Mondial 2026, en confirmant ses capacités à réagir offensivement déjà entrevues avec les quatre buts marqués contre Haïti. Puis en gardant à l’esprit qu’un gardien de grande valeur en la personne de Yassine Bounou qui a donné l’impression de maîtriser son sujet, jusqu’à effectuer des interventions d’une seule main ferme.

Garder la bonne entente générale

En prévision des 8e de finale, il incombera aux hommes coachés par Mohamed Ouahbi de garder leur bonne entente générale. C’est-à-dire l’ingrédient premier qui les a aidés à surmonter l’adversité batave dans la nuit de lundi à mardi.

Contre les Pays-Bas, les Lions de l’Atlas ont su ne pas baisser les bras après avoir été menés au score. D’où un tir sur le poteau de son défenseur star Achraf Hakimi, et le but égalisateur de l’arrière Issa Diop. Avant la délivrance, lors de la séance de tirs aux buts, sur le penalty victorieux d’Ismaël Saïbari déjà auteur d’un travail incessant de harcèlement de la défense adverse.

Pour espérer arriver aux quarts de finale, les hommes dirigés méthodiquement par Ouahbi auront à affronter le Canada. C’est-à-dire un des trois pays organisateurs, de surcroît une équipe en nets progrès. La mission, rude mais pas impossible, sera d’alterner entre le contournement et l’encadrement de l’entrejeu adverse. Sans se contenter de recirculer simplement par les ailes comme ce fut le cas en première mi-temps contre la Hollande.

Dans ce match, un briseur de ligne comme Sofyan Amrabat serait d’une grande aide face à des profils de finisseurs-pourvoyeurs de ballons comme Jonathan David ou encore des relanceurs appliqués comme Luc de Fougerolles, ou encore pour stopper Richie Layreya dans ses tentatives de créer le surnombre.

Les Lions de l’Atlas sont devenus depuis 2022 les héros de tout un peuple, de tout un continent et sont craints en tant que grande équipe et non plus seulement en tant qu’outsider redoutable.

En 2022, le talent marocain affiché au premier tour avait laissé place à la fougue suite à une victoire aux penalties contre l’Espagne juste après le premier tour. Un pays où réside, tout comme au Canada, une proportion significative d’expatriés. Un soutien moral croissant du public ne sera pas de trop en cas de franchissement de l’étape, en cas de retrouvailles hypothétiques avec la France, autre terre d’accueil d’une importante diaspora.

* Enseignant universitaire et analyste de football.

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