Vers des corridors logistiques et commerciaux entre la Tunisie, l’Afrique et l’Europe

Le développement de corridors commerciaux et le renforcement des infrastructures de transport en Tunisie «pourraient permettre aux pays africains, notamment la Libye, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger, d’utiliser les ports tunisiens pour leurs opérations d’import-export, tout en consolidant le rôle de la Tunisie en tant que plaque tournante logistique entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne», a déclaré Wamkele Mene, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), en marge du Tunisia Investment Forum (TIF), tenu les 25 et 26 juin 2026 à Tunis.

Latif Belhedi

Le projet de la Zlecaf vise à créer un marché africain unique regroupant 55 pays et environ 1,5 milliard d’habitants, avec pour objectif de renforcer le commerce intra-africain et de stimuler la croissance économique du continent.

Dans un entretien accordé à la radio tunisienne Express FM, M. Mene a souligné que de nombreuses économies africaines disposent de marchés intérieurs restreints, un facteur qui entrave leur potentiel de développement. La création de cette zone de libre-échange, a-t-il ajouté, permettra aux entreprises d’accéder à de nouveaux marchés régionaux, stimulant ainsi les exportations, les investissements et les opportunités.  
Dans ce contexte, M. Mene a souligné le potentiel de la Tunisie pour développer ses échanges avec le continent africain, grâce à «un cadre réglementaire axé sur la facilitation du commerce et la réduction des obstacles à la circulation des marchandises».

Une présence accrue sur les marchés africains

Tout en reconnaissant les acquis du partenariat économique entre la Tunisie et l’Union européenne (UE), le responsable de la Zlecaf a affirmé que la croissance future du pays «dépend également d’une présence accrue sur les marchés africains».

Tout en rappelant l’objectif de la Tunisie de doubler ses exportations vers l’Afrique d’ici 2035 pour atteindre 2 milliards de dollars. M. Mene a réitéré que la Zlecaf «vise à éliminer progressivement, d’ici 2030, les droits de douane sur les produits industriels, agricoles et automobiles». Toutefois, il a insisté sur le fait que «la priorité actuelle demeure la mise en œuvre effective des accords existants et l’harmonisation des procédures douanières entre les États membres».

Parmi les principaux obstacles au développement du commerce intra-africain, M. Mene a cité les insuffisances infrastructurelles liées au transport et à la logistique. La Zlecaf «collabore avec des institutions financières régionales pour développer des corridors commerciaux et améliorer les infrastructures nécessaires à la circulation des marchandises», a-t-il. Une attention particulière a également été portée au commerce transfrontalier informel qui, selon M. Mene, pourrait être «progressivement formalisé grâce à des instruments réglementaires spécifiques», garantissant ainsi davantage de sécurité, d’avantages et de croissance pour les opérateurs.

La vision ambitieuse d’une Afrique davantage intégrée, compétitive et tournée vers l’investissement, développé par le responsable panafricain, se fonde sur un message fort et clair : la prochaine frontière de la croissance mondiale se trouve en Afrique, à condition de lever les obstacles qui freinent encore les échanges intra-africains.

Parmi les annonces majeures qu’il a faites dans ce cadre:

– la réduction du coût du financement du commerce, qui atteint encore 18 à 20 % dans plusieurs pays africains ;

– la généralisation des paiements en monnaies locales afin de diminuer les coûts des transactions et de fluidifier les échanges sur un marché de 1,4 milliard d’habitants ;

– la mobilisation d’un fonds de plus d’un milliard de dollars pour renforcer les capacités d’exportation et soutenir le secteur privé ;

– l’accélération de la digitalisation des postes-frontières et des procédures douanières grâce à des guichets uniques numériques, afin de réduire les délais et les coûts logistiques ;

– la consolidation les corridors commerciaux reliant l’Afrique du Nord, le Sahel et le reste du continent.

Carrefour stratégique entre l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée

La Tunisie a été citée comme un carrefour stratégique entre l’Europe, l’Afrique et le bassin méditerranéen. Grâce à son ouverture sur les marchés européens et à son positionnement géographique, elle dispose d’atouts majeurs pour devenir une plateforme industrielle, logistique et commerciale au service de la Zlecaf.

En 2024, les échanges commerciaux intra-africains ont atteint 220 milliards de dollars, un signal encourageant qui confirme que l’intégration économique du continent progresse, même si un potentiel considérable reste encore à exploiter.

L’enjeu est désormais de transformer cette vision en réalisations concrètes : infrastructures, digitalisation, facilitation des échanges et mobilisation du secteur privé seront les piliers de la nouvelle dynamique économique africaine.

L’Afrique ne construit plus seulement un marché. Elle construit un espace économique intégré, capable de créer davantage de valeur, d’emplois et d’opportunités pour l’ensemble du continent.

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