L’intelligence artificielle (IA) n’est plus seulement un outil d’assistance technologique ; elle a le potentiel de devenir un vecteur de manipulation cognitive et comportementale à l’échelle mondiale.
Cet avertissement émane d’Oussama Lahmar, expert en cybersécurité et en IA, lors de la présentation d’une étude intitulée «Intelligence artificielle : la drogue numérique qui nous vole l’esprit», rapportée par l’agence de presse Tap.
Selon M. Lahmar, l’évolution des systèmes d’IA générative pose un défi qui dépasse les aspects techniques de la cybersécurité.
Le risque, a-t-il expliqué, est que les algorithmes se transforment en une sorte de «guide invisible», capable d’orienter le comportement des utilisateurs — tant sur le plan rationnel qu’émotionnel — et d’influencer leurs choix, opinions et perceptions sans intervention humaine directement identifiable. L’expert a souligné, en particulier, la vulnérabilité des grands modèles de langage face aux «injections de requêtes» (ou prompt injection) : des attaques consistant à insérer des instructions malveillantes ou manipulatrices dans les contenus traités par les systèmes d’IA.
De telles failles peuvent altérer les réponses fournies aux utilisateurs, ouvrant la voie à de nouvelles formes de cybercriminalité, de désinformation et de manipulation de l’opinion publique.
M. Lahmar a décrit un modèle d’influence en quatre étapes : la fascination, l’attraction, la persuasion et la manipulation.
L’accumulation de données comportementales, a-t-il averti, risque de faire de chaque utilisateur un «livre ouvert» pour les algorithmes.
Face à cette perspective, l’expert ne préconise pas le rejet de la technologie, mais plutôt le développement d’une «résistance cognitive» fondée sur l’esprit critique, la formation technique et une meilleure compréhension des outils numériques. Parmi les mesures réclamées figurent l’élaboration d’une charte sur l’usage responsable de l’IA et une réglementation plus stricte pour protéger les données psychologiques des citoyens — avec une attention particulière portée aux groupes vulnérables tels que les mineurs et les personnes âgées, exposés au risque de diagnostics, recommandations ou orientations algorithmiques arbitraires.
Cet appel rejoint les préoccupations précédemment soulevées par l’Unesco. Les conclusions préliminaires d’une étude sur l’écosystème de l’IA en Tunisie, présentée en décembre 2025, ont révélé que la législation nationale accuse un retard par rapport aux normes internationales.



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