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Ahmed Safi Saïd veut nationaliser les sociétés de télécommunication (vidéo)

Ce n’est pas le chef d’un cartel de drogue latino-américain, mais un journaliste et un homme politique tunisien, Ahmed Safi Saïd, qui rêve de siéger au palais de Carthage.

Comment résoudre les problèmes de la Tunisie et la sortir de la crise économique qui s’éternise? Facile. Très facile même, il suffit juste de «suspendre le paiement de la dette pendant deux ans, nationaliser le pétrole et le gaz, nationaliser les trois sociétés de télécommunications» et le tour est joué. Telle est, en tout cas, la recette miracle prônée par le plus dangereux des populistes tunisiens Ahmed Safi Saïd. Bizarre que personne n’y avait pensé avant lui. Vidéo.

Par Imed Bahri  

Dans une vidéo qui date d’il y a quelques années (2017) mais qui a été partagée ces jours-ci par la page de ses partisans «Volontariat» et qui a fait le tour de la toile tunisienne, on voit Ahmed Safi Saïd intervenant sur la chaîne libanaise Al Mayadeen tenant dans sa main l’un de ses livres aussi volumineux qu’indigestes puis le poser, se lançant dans un monologue démagogique en s’adressant à l’ancien chef de gouvernement Youssef Chahed pour lui faire la leçon sur la meilleure façon de lutter contre la corruption, lui l’ami de tous les corrompus, de Chafik Jarraya à Nabil Karoui, en passant par Slim Riahi, le tout agrémentée par une musique de fond qui donne aux paroles du baratineur professionnel une sonorité quasi-prophétique que seuls les naïfs unilingues savent gober.

L’ami des corrompus donne des leçons en matière de lutte contre la corruption

Dans cette vidéo, on voit le nationaliste arabe des hôtels de luxe et des salons de thé huppés des Berges du Lac de Tunis jouer le rôle qu’il affectionne particulièrement, celui de donneur de leçon. Il dit: «Ce n’est pas en arrêtant deux ou trois contrebandiers (Chahed venait justement de faire arrêter Chafik Jarraya, l’un des barons de la contrebande, qui est l’ami et bailleur de fonds du sulfureux journaliste, Ndlr) que l’on lutte contre la corruption. La corruption se trouve ailleurs… dans l’économie, dans les mines, dans les compagnies aériennes, dans les centres d’études, dans les instituts de statistique, dans les chiffres qu’on nous donne… Tu veux combattre la corruption? N’arrête pas de payer la dette mais suspend son paiement pendant deux ans. Nationalise le pétrole et le gaz. Nationalise les trois sociétés de télécommunication (Ooreddo, Orange et Tunisie Télécom, Ndlr) et tu verras, rien qu’en nationalisant les sociétés de télécommunication, tu auras une rentrée de 6 ou 7 milliards de dollars par an».

Le plus croustillant et écœurant à la fois dans cette vidéo, c’est que Ahmed Safi Saîd dit cela avec l’amertume de celui qui détient les solutions miracles mais qui n’est pas écouté, une sorte de génie incompris de son époque! Bien sûr, nul n’est prophète en son pays, comme le dit l’adage. Et le sulfureux journaliste serait un trésor national inexploité. Quel gâchis !

Une fois bien installé dans son délire, l’ancien propagandiste de Mouammar Kadhafi qui lui finançait sa revue Africana et l’ami de l’affairiste Chafik Jarraya, incarcéré depuis mai 2017 et poursuivi en justice dans plusieurs affaires, qui lui finança son journal mort-né Ourabia poursuit en disant: «Nous avons trois sociétés de télécommunication en Tunisie, une qatarie, une française et une autre aux deux tiers émiratie». C’est, bien sûr, du n’importe quoi!

Pour la première entreprise, Ooreedo Tunisie, ce qu’il dit est juste, les Qataris possèdent 90% de son capital. Pour la seconde c’est totalement faux. Orange Tunisie est possédée à hauteur de 51% par l’État tunisien (part de la société Investec du groupe Mabrouk, dirigée par Marouane Mabrouk et saisie par l’État tunisien) et 49% possédé par le groupe français Orange. D’ailleurs le groupe français Orange a voulu acheter les 51% d’Investec mais en vain, l’État tunisien a tenu à rester l’actionnaire majoritaire de cette entreprise. C’est donc du populisme à deux balles que de dire que les Français ont un opérateur téléphonique en Tunisie mais cela rapporte toujours pour les populistes comme Ahmed Safi Saïd, qui font du nationalisme primaire une arme de destruction massive.

Quant au troisième opérateur, à savoir Tunisie Telecom, dont l’arrogant «Monsieur je sais tout» prétend qu’il est détenu aux deux-tiers par les Émiratis, ces derniers ne détiennent en réalité qu’un tiers de son capital et l’Etat tunisien les deux autres tiers.

Bref, deux sociétés de télécommunication à savoir Orange Tunisie et Tunisie Telecom ont pour actionnaire majoritaire l’État tunisien. Et quand Ahmed Safi Saïd prétend que les trois sociétés de télécommunication dans le pays sont détenus par des pays étrangers, il raconte n’importe quoi. C’est de l’imposture pure et simple.

Un baratineur professionnel aussi bavard à l’écrit qu’à l’oral

Cela dit, admettons que demain les trois sociétés en question seront nationalisées comme le souhaite le sulfureux journaliste et que l’État en sera actionnaire à hauteur de 100%, que se passerait-il ? On vous laisse imaginer ce scénario catastrophe, sachant que, pratiquement, toutes les entreprises publiques sont déficitaires et coûtent énormément aux caisses de l’État qui est obligé de leur injecter régulièrement de l’argent pour qu’elles ne s’effondrent pas et ne mettent pas des dizaines de milliers de salariés à la rue.

Imaginez les syndicats faire la loi dans le secteur des télécommunications. On en a d’ailleurs déjà une illustration avec la grève actuelle au sein de Tunisie Telecom. Ces entreprises seront régulièrement paralysés et leurs services rompus, notamment le réseau internet, par les grèves intempestives décidées pour un oui pour un non. Que ferions-nous lorsque nous nous retrouverons sans internet. Passerions-nous ce temps mort à lire les livres aussi volumineux qu’indigestes d’Ahmed Safi Saïd?

D’ailleurs, à propos de ses livres dont on se demande qui les lit vraiment, pas plus tard qu’hier, il a en publié un nouveau en arabe intitulé «Qobaat al-commandanti» («Le casque du commandant»), un roman dont l’action se déroule dans un pays d’Amérique Latine qui est un concentré de clichés gauchistes et anti-impérialistes primaires.

L’histoire est déployée 616 pages ! Plus que le Coran et plus que l’Evangile! Le baratineur professionnel est aussi bavard à l’écrit qu’à l’oral. Une indigestion qui coûte tout de même… 35 dinars. L’indigestion la plus chère qui puisse exister.

Le livre suscite déjà les railleries de beaucoup de Tunisiens qui ne supportent plus le populisme et la démagogie conjuguées à l’arrogance de ce sulfureux personnage. On pouvait lire sur sa page Facebook ce genre de commentaires goguenards : «Lis-le tout seul»; «Tu as profité de ta période de gel pour l’écrire» (il est membre du parlement dont les travaux ont été gelés le 25 juillet dernier), «Offre-en un exemplaire à Ghannouchi pour qu’il s’occupe» ou encore «Enta wala chi» (Toi ou personne), ses locutions levantines étant devenues des sujets de moquerie dirigées contre lui.

Bref, s’il veut vraiment être utile à la Tunisie, Ahmed Safi Saïd serait bien inspiré de s’occuper de ses livres, puisqu’il se prend pour un grand écrivain, au lieu de parler d’économie et de domaines qu’il ignore complètement. 

Vidéo.

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