Alors que la Tunisie s’apprête à naviguer dans les eaux troubles du plan de développement 2026-2030, il est temps de sortir des incantations budgétaires pour affronter la réalité : notre indépendance ne se jouera pas dans les salons feutrés de la diplomatie financière, mais sur le terrain de la maîtrise technologique. Le numérique n’est plus un luxe de technocrates ; c’est le nouveau contrat de souveraineté que l’État doit signer avec ses citoyens.
Abdelwaheb Ben Moussa *

L’illusion des dernières années a été de croire qu’une couche de vernis technologique suffirait à masquer les archaïsmes de notre administration. Soyons clairs : numériser un processus absurde ne fait que rendre l’absurdité plus rapide. Pour réussir ce quinquennat, il faut un courage politique de rupture : simplifier avant de coder. La transformation digitale doit être le scalpel qui débarrassera l’économie tunisienne des kystes bureaucratiques qui étouffent l’initiative privée.
Aujourd’hui, laisser nos données souveraines — qu’elles soient bancaires, fiscales ou identitaires — errer sur des serveurs hors de nos frontières est une faute stratégique. La souveraineté numérique n’est pas un repli frileux, c’est une protection active. Le déploiement d’un cloud souverain national n’est pas une option technique, c’est la construction des remparts de notre sécurité économique au XXIe siècle. Sans maîtrise de la donnée, l’indépendance de décision n’est qu’un slogan creux.
L’IA contre l’informel : le choc de transparence
Dans un pays où l’économie souterraine défie l’État, l’intelligence artificielle (IA) est notre meilleure alliée. L’intégration de l’IA dans le back-office de nos banques ne doit pas seulement servir à optimiser les profits, mais à révolutionner l’inclusion.
En affinant le scoring de risque, nous pouvons enfin ramener vers le secteur formel ces milliers de PME et d’entrepreneurs marginalisés par un système bancaire trop frileux. C’est par la technologie, et non par la seule coercition fiscale, que nous gagnerons la bataille de la transparence.
Le défi du mix énergétique : l’intelligence ou le déclin
Enfin, l’ambition de porter à 35 % la part des énergies renouvelables d’ici 2030 (contre à peine 4 ou 5% aujourd’hui, alors que la pays souffre d’un déficit énergétique structurel estimé à près de 60%), exige un saut qualitatif.
Le pilotage de cette transition, le couplage entre « Green Finance » et « Smart Grids », demande une expertise analytique que nous ne pouvons plus importer.
La Tunisie doit cesser d’être une simple consommatrice de solutions clés en main pour devenir un pôle d’ingénierie numérique régionale.
Le chemin vers 2030 est étroit. Il exige de rompre avec les vieux réflexes d’un État-providence à bout de souffle pour embrasser un État-stratège, agile et résolument tourné vers la modernité. Si nous manquons le virage de la souveraineté numérique, nous ne serons que les spectateurs passifs de notre propre déclassement.
* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.



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