Nous assistons ces derniers temps à une explosion des prix des carburants à l’échelle internationale. Cette situation a aggravé le déficit énergétique de la Tunisie entraînant la détérioration de sa balance commerciale et la sortie de devises. D’où la nécessité d’opter pour des solutions alternatives et innovantes susceptibles de sortir le pays du cercle vicieux de la dépendance des énergies fossiles.
Atef Hannachi *
Notre déficit énergétique a évolué comme suit entre 2010 et 2022 :
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Ce déficit, dominé par le pétrole et le gaz, se détaille comme suit :
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En 2021, la demande d’électricité a atteint environ 16 442 GWh contre 13 015 GWh en 2010, soit un taux de croissance de 2% par an.
Quant à la structure de la consommation par niveau de tension entre 2010 et 2021, elle a évolué comme suit :
– baisse de la part de la haute tension de 9,9% à 8,8%;
– baisse de la part de la moyenne tension de 46,5% à 41,2%;
– hausse la part de la baisse tension de 43,6% à 50,5%.
La consommation individuelle a, par conséquent, évolué au cours de la même période, sachant que le taux d’électrification rurale a atteint 99,9% en 2021, selon les données du ministère de l’Industrie, des mines et de l’Energie.
On sait aussi que la production d’électricité en Tunisie est aux trois quarts issue de la transformation de sources énergétiques fossiles (gaz et pétrole) comme le démontre le schéma suivant :
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Face à cette situation, l’Etat n’a pas élaboré un programme efficace à moyen terme pour réduire son déficit énergétique et la croissance du pays en a été négativement affectée (1,4% en 2024).
Pour satisfaire nos besoins en énergie, nous continuons d’importer, et notamment le gaz et l’électricité de l’Algérie voisine dont notre approvisionnement énergétique dépend beaucoup aujourd’hui.
Les efforts actuellement consentis pour le développement des énergies renouvelables ne permettent pas de satisfaire nos besoins en énergie pour répondre à l’augmentation des besoins et soutenir la croissance économique, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique restant en-dessous de 5%.
A l’échelle internationale, l’énergie nucléaire constitue un fournisseur important d’énergie. En France, par exemple, la production d’électricité d’origine nucléaire a atteint 361.7 TWh en 2024, soit 85% des besoins énergétiques du pays.
L’idée de construire une centrale nucléaire pour produire de l’électricité a été évoquée en Tunisie depuis le milieu des années 1990 et des discussions ont même été menées avec la France à ce sujet, mais le projet a fait pschitt et les autorités semblent même l’avoir abandonné puisqu’elles se sont embarquées depuis peu dans un projet de production massive d’hydrogène vert pour répondre aux besoins de l’Europe. Mais ceci n’empêche pas cela, et notre pays serait bien inspiré de s’orienter vers la production de l’électricité à partir de l’énergie nucléaire, ne fut-ce que pour diversifier ses sources d’approvisionnement et réduire sa dépendance d’une seule source, sachant que l’hydrogène vert que les Européens nous encouragent à produire en masse, en y mettant les soutiens financiers nécessaires, risque de provoquer de grands problèmes environnementaux, qui plus est, dans un pays qui souffre d’un stress hydrique aigu.
* Expert comptable.
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