Le poème du dimanche | ‘‘Je vois les palmiers marcher dans les rues’’ de Tahar Hammami

Tahar Hammami est, avec les poètes Habib Zannad et Fadhila Chebbi, à l’origine du mouvement poétique d’avant-garde dans les années soixante-dix, « Poésie autre que métrique et libre ».

Né en 1947 à El Aroussia (Siliana), Tahar Hammami est poète, essayiste et professeur d’université.Il est également un militant de gauche et son écriture est socialement engagée, avec des accents ironiques, empruntant à la langue dialectale des expressions populaires critiques et contestataires.

Il décède à Madrid en 2009.

Tahar Bekri

Je vois les palmiers marcher dans les rues

Hauts le front levé

Défiant luttant

Avez-vous vu un jour

Les palmes

Sur le chemin

Avez-vous vu une palmeraie

Sur une place

Un blessé qui ôte un bouton de sa poitrine

Et panse ses plaies

Le bâton de ricin a défait son cou

Le derrière a plié ses papiers

Je vois les palmiers marcher

Marcher au sein des foules

Au milieu de l’obscurité

Au milieu de l’attaque

Les cils attachés au soleil

Toi promu à la récolte

Perdant tes esprits

Changeant d’illusion ton habit

Les palmiers ne pleurent pas

Les palmiers chantent

Avec les oiseaux et les enfants

Avec les flots des mers

Le blé des montagnes

Avec l’éclair

Avec l’automne qui gronde

Avec l’hiver

Je vois les palmiers marcher dans les rues

Avec le fer des usines

La moisson des champs

En dépit de la Nuit

Et de la douleur

Je vois les palmiers hauts

Ne reculant point

(Traduit de l’arabe par Tahar Bekri)

Je vois les palmiers marcher, 1986.

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