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Présidentielle 2019 : Le bilan des débats télévisés est globalement positif

La série de trois débats présidentiels, a-t-elle été un passage au cran supérieur de notre transition démocratique ? Les 24 candidats à la magistrature suprême ont-ils été à la hauteur de cet exercice ? Nous ont-ils donné raison de tout abandonner, ces trois soirées des 7, 8 et 9 septembre 2019, pour les écouter pendant près de huit heures ?

Par Marwan Chahla

De prime abord, cette première de la campagne présidentielle 2019 a été un succès. Les organisateurs de ces trois débats ont réussi le pari de présenter aux électeurs intéressés deux femmes et vingt-quatre hommes – dont deux absents ont manqué à l’appel – qui ont estimé qu’ils avaient les compétences requises pour occuper le Palais de Carthage durant le quinquennat prochain. En direct et disposant du même temps de réponse, soit une quinzaine de minutes, ils ont eu à se prêter à ce jeu des questions/réponses (Q&R).

Sans être trop regardant sur les détails, l’on peut dire que ce défilé des présidentiables de 2019 a bien mérité notre déplacement: alignés devant nous pour ce grand oral, il leur a fallu improviser leurs réponses et, donc, faire montre d’une bonne connaissance des sujets ayant trait aux prérogatives du locataire du Palais de Carthage.

Rappelons que les prétendants à la magistrature suprême savaient les chapitres sur lesquels ils allaient être interrogés mais n’avaient aucune connaissance des questions précises que nos six confrères journalistes allaient leur poser.

Plus de la moitié des candidats ont montré les limites de leurs aptitudes

Indéniablement, ce type d’exercice présente l’avantage de permettre au public des téléspectateurs – les convaincus aussi bien que les indécis – de procéder à une présélection, c’est-à-dire à l’élimination de certains candidats dont la prestation a été maladroite, peu convaincante ou désastreuse.

En effet, le contexte inhabituel dans lequel ils étaient obligés d’évoluer a déstabilisé plus de la moitié des candidats et ainsi révélé les limites de leurs aptitudes. La bouche pâteuse, la transpiration frontale excessive ou le bégaiement – et la réponse approximative ou déplacée qui les accompagne – sont des signes qui ne trompent pas: ils traduisent l’impréparation du candidat et son incapacité à faire face à la pression du direct et à la question imprévue.

Une certaine désinvolture, un excès d’assurance ou un aplomb trop affiché trahissent, eux aussi, un manque de confiance en soi: le candidat cherche à convaincre par l’allure et le geste, en lieu et place des idées et des mots forts et probants…

L’agressivité, alors qu’il n’y a aucune confrontation, les écarts, pour rappeler coûte que coûte son appartenance idéologique ou son indépendance politique, eux non plus, n’ont pas lieu d’être…

A ce jeu des Q&R, rien ne peut valoir la posture du juste-milieu, c’est-à-dire celle du candidat convaincu par ses idées, sûr de lui-même, de son expérience de l’exercice du pouvoir et de ce qu’il entend entreprendre durant les cinq années à venir.

Si l’on applique les quelques critères susmentionnés, pour l’électeur tunisien indécis qui a pris sur son temps pour écouter et voir les 24 candidats, ces trois séances de casting lui auront servi à éliminer une bonne quinzaine de prétendants.

La réussite des élections ne nourrit pas son homme

Au final, il ne resterait plus que six ou sept candidats qui ont plus ou moins réussi ce premier examen de passage de la présidentielle 2019 et se sont démarqués du lot. La suite de la campagne, c’est-à-dire les quatre jours à venir, déterminera l’issue du scrutin du 15 septembre.

Ce jour-là, on aura oublié celui d’entre les candidats qui s’est trompé sur le nombre d’ambassades tunisiennes en Afrique, sur le nombre de Tunisiens résidant en France; celui qui prétend qu’il est bon pour le prochain président de la Tunisie de parler à la reine Elizabeth II de Dickens (anglais) et d’Hemingway (américain !); celui qui accuse gratuitement son «voisin de gauche» de corruption sans aucune preuve; celui qui souhaite que son prénom avec toutes ses longueurs – et dont il est particulièrement fier ! – soit lu comme il faut, etc.

Bref, ce jour-là, on retiendra l’essentiel, à savoir que la Tunisie a été capable d’organiser en cinq ans cinq scrutins nationaux libres et transparents. Et elle les a tous réussis. Cette année, notre pays s’est promis de tenir deux autres élections et parions qu’elles seront conformes aux mêmes standards.

Bien sûr, la réussite de nos élections et leur honnêteté ne nourrissent pas leur homme. Attendons, un peu plus encore, que les femmes et les hommes que nous choisirons comprennent que le temps presse et qu’ils ont pour mission urgente de remplir l’autre moitié vide du verre.

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