Quelque 14 717 demandes d’asile ont été déposées par des Tunisiens en 2024 auprès de pays européens, dont 10 057 en Italie. Avec les nouvelles règles et dispositions européennes, une grande partie de ces demandes vont être rejetées et les demandeurs renvoyés vers leur pays, estime le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), qui souligne dans un communiqué, publié le 11 février 2026, que la Tunisie ne remplit pas les critères de la classification «pays sûr» par l’UE.
L’Ong a exprimé son «ferme rejet» suite à l’approbation par le Parlement européen (PE) de la première liste commune de l’Union européenne (UE) des «pays d’origine sûrs», qui inclut la Tunisie, pour le refoulement des demandeurs d’asile. L’ONG a dénoncé le risque d’impact direct sur le traitement des demandes d’asile des citoyens tunisiens dans l’espace Schengen et un risque accru de renvoi.
La position du Forum fait suite au vote du PE sur les amendements aux règles de procédure en matière d’asile, qui, selon le PE, visent à accélérer le traitement des demandes provenant d’États considérés comme «sûrs» et à définir plus uniformément les critères permettant de déclarer un pays tiers «sûr» pour qu’une demande soit déclarée irrecevable.
Dans la déclaration du FTDES, l’UE est accusée d’instrumentaliser ce classement pour légitimer l’expulsion forcée de migrants tunisiens. Selon l’Ong, la désignation de «pays d’origine sûr» suppose des protections juridiques effectives, le plein respect des droits humains et l’absence de risque de torture ou de persécution – conditions qui, à son avis, ne sont pas pleinement remplies dans le contexte tunisien actuel, notamment pour les activités politiques, civiques, journalistiques et syndicales.
Le Forum soutient que l’inscription de la Tunisie sur la liste entraînera un traitement accéléré des demandes d’asile tunisiennes, augmentant ainsi la probabilité de rejets rapides et, par conséquent, de rapatriements forcés.
Dans sa déclaration, l’Ong cite environ 14 717 demandes d’asile déposées par des citoyens tunisiens en 2024, dont 10 057 en Italie, afin de souligner l’ampleur du phénomène.
Le FTDES conteste également l’approbation parallèle par le PE des nouvelles conditions d’application du concept de «pays tiers sûr», qui autorise les États membres à déclarer une demande irrecevable lorsqu’il existe un lien avec un pays tiers, un point de transit, ou un accord ou une entente permettant le transfert du demandeur vers ce pays, la demande devant être examinée «au fond».
Dans ce contexte, le Forum met en garde contre le risque que ces règles n’ouvrent la voie à de futurs accords politiques sur la gestion de l’asile avec la Tunisie, rappelant l’accord de partenariat signé en juillet 2023 entre la Commission européenne et la Tunisie, dans lequel la question migratoire occupait une place centrale.
En conclusion, le Forum appelle à ce que le droit individuel d’asile soit garanti «sans préjugés» et exprime sa solidarité avec les Tunisiens contraints de quitter le pays en raison de violations ou de menaces à leurs droits.
Enfin, le Forum réitère sa condamnation des politiques qu’il qualifie d’«inhumaines» de l’UE, l’accusant de restreindre la liberté de circulation et de priver de fait l’accès à la protection.



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