La 23e édition de la Coupe du monde de football masculin ou Mondial 2026, compétition organisée par la Fifa et qui réunit les meilleures sélections nationales, se déroulera du 11 juin au 19 juillet 2026 conjointement aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Les équipes qui y participeront sont très nombreuses : 48 au lieu de 32 précédemment. Jamais une édition de la grand-messe du ballon rond n’a proposé un programme aussi déroutant et des conditions d’organisation aussi incertaines.
Jean-Guillaume Lozato *

Les slogans des supporters scandent leurs encouragements dans les tribunes autant que leurs attentes. Cette ferveur sera bercée par des rêves pour certains, par des illusions et/ou des désillusions pour d’autres.
Depuis Russia 2018, les incertitudes grandissantes remplacent les certitudes passées, ponctuent le déroulement de cet événement planétaire de tout premier plan.
Les grands classiques
À la bourse des trophées, les cotations en vue sont tout à fait logiquement liées aux grandes puissances déjà titrées par le passé. À l’exception de l’Italie non-qualifiée.
Pour ce qui est des placements «sûrs», la tentation serait à l’évidence de parier sur les prestations des deux dernières formations finalistes. C’est-à-dire l’Argentine de Lionel Messi et la France à la ligne d’attaque exceptionnellement fournie. Un duel qui synthétise le bloc fort de l’exercice sportif dont il est question, puisqu’il renvoie à l’Amérique du Sud et à l’Europe. Deux endroits du monde où se concentrent tous les trophées depuis l’instauration de la coupe Jules Rimet, jusqu’à nos jours.
De cette Pangée euro-américaine ressortent d’autres contrées prestigieuses. Le Brésil arrive en tête. Avec son vivier où se sont extraits ces dernières décennies des garçons comme Vinicius, Estevao ou encore Dell. Secondés par les vétérans Marquinhos et Neymar. Ce dernier pouvant être un joker déterminant, à l’image de ce qu’avait été dans le passé l’international costaricien Hernan Medford.
L’Italie n’étant pas qualifiée, cela laisse une marge de manœuvre à l’Allemagne, l’Espagne et l’Uruguay. Des trois, c’est la «Roja» qui apparaît comme la mieux placée. La «Mannschafft», elle, sera privée de Gnabry si utile pour revigorer la créativité du onze germanique. Quant à l’Angleterre, elle est très difficile à cerner. Car parfois irrésistible, parfois inconstante en misant tout sur l’attaque.
En ce sens, un duel entre les hommes de Thomas Tuchel et ceux de Didier Deschamps mettrait aux prises deux équipes avec de très solides arguments offensifs, mais avec une jonction défense/milieu moins convaincante. Dayot Upamecano tenant la baraque à lui tout seul dans la défense française, tandis que Djed Spence pourrait nettement rafraîchir l’arrière-garde britannique.
Tout ceci correspond à un cercle très fermé. Qui tend à s’ouvrir jusqu’à une démocratisation ?
La diversification s’était déjà opérée avec le sacre de l’Espagne à South Africa 2010, qui n’avait en fait que couronner le bilan d’une domination continentale à partir de 2007. Un peu comme la récompense d’une œuvre générale.
La phase de vraie démocratisation s’étant lancée avec le parcours du Maroc qui avait tant marqué les esprits à la fin de l’année 2022 en terre qatarie.
Pour poursuivre dans cet esprit de dernier carré, n’oublions pas la Croatie bien que moins percutante désormais.
Signalons ensuite le Portugal, de CR7, seule équipe se rapprochant vraiment de l’homogénéité, avec des joueurs souvent polyvalents ; à la différence que par rapport aux autres footballeurs internationaux, les Portugais tirent leur polyvalence du fait d’être complets (Vitinha peut agir à la façon d’un Andrea Pirlo) et non hybrides. Ce qui pourrait être le détail pouvant les amener à l’obtention du Graal…
Les contestataires de l’ordre établi
Pour initier ce catalogue des nouveautés, il est primordial de tenir compte de l’œuvre initiatrice accomplie par le Maroc, génératrice de confiance pour le Grand Maghreb. Un parcours promotionnel pouvant porter chance à l’équipe nationale d’Algérie. Les hommes entraînés par Petkovic pourront compter sur l’apport dynamique de Rayane Aït Nouri et Mohammed Amoura. Avec une arme fatale : l’expérimenté Riyad Mahrez, un gaucher excentré à droite, qui pourra jouer sur cette caractéristique pour déstabiliser bien des adversaires directs et briser les lignes adverses.
Toujours en Afrique, le Sénégal arrive avec des arguments de poids. Placés dans le groupe de la France comme lors de l’exploit de 2002, les Lions de la Teranga ont des atouts. Sur le plan des individualités, le jeune Mamadou Sarr pourrait faire partie des grandes révélations (plus dans un registre de milieu défensif qu’en tant qu’arrière central), sous le regard de l’attaquant star Sadio Mané. Sur le plan psychologique, les Sénégalais bénéficient d’une image positive laissée au Qatar. Des avantages assez forts pour avoir déclenché la polémique à la dernière CAN, mais pour autant assez convaincants pour repenser à terrasser la France dès son premier match en poule ? Pas si sûr, puisqu’en 2002 la formation sénégalise misait davantage sur la technique. Or, sur le plan athlétique France et Sénégal joueront d’égal à égal.
Toujours relativement à l’exotisme, le Japon tentera de faire aussi bien qu’en 2022. Avec un homme dont la bonne utilisation influera sur le parcours : Takefusa Kubo, l’ailier si talentueux de la Real Sociedad. Suffisant pour compenser les blessures de Watadu Endo et Takumi Minamino ?
Autres équipes à vouloir dépasser le plafond de verre : la Belgique, la Colombie, la Côte d’Ivoire le Mexique. De l’autre côté de la frontière, les USA se donneront du mal pour atteindre les demi-finales comme en 1930. Ne pas oublier aussi la Norvège et la Turquie. Les Nordiques avec leur 4-4-2 à plat, les Orientaux avec leur facilité à présenter un dispositif tactique variable.
Le tiers-Etat
`A mi-chemin entre fiabilité et profil potentiellement surprenant, l’Autriche pourrait sans faire de bruit tirer son épingle du jeu, voire accomplir de grandes choses à condition de ne pas compter de blessés dans un effectif loin d’offrir pléthore de possibilités. La Suisse, elle, semble un cran en-dessous. Aussi énigmatique que l’Australie, le Ghana, la Suède, la Tchéquie, la Tunisie décidément moins forte qu’en 2022, l’Uruguay très irrégulier.
Au dernier rang de cette classification du Tiers-État du Mondial, se trouvent l’Australie, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Bosnie-Herzégovine, la Corée du Sud, la République démocratique du Congo, l’Écosse, l’Iran, le Paraguay, l’Ouzbékistan. Le Canada fermant la marche, aspect d’autant plus renforcé depuis le départ en retraite de son milieu à tout faire Atiba Hutchinson, aussi à l’aise dans les interceptions qu’il était utile dans la percussion. Depuis, son absence se ressent sur le jeu canadien dépourvu de créativité à la relance et assez statique dans sa couverture. De plus, le gardien de but Maxime Crépeau ne peut pas toujours s’appuyer sur la synchronisation avec sa défense, à l’exception du latéral gauche Jonathan Davies. Frustrant pour un pays organisateur…
Les «petits poucets»
Vient enfin la catégorie des «petits poucets» . Elle regroupe les prétendantes non pas au titre, mais à la survie. Ces équipes, quasiment condamnées à la figuration peuvent ou non bénéficier d’un capital sympathie. En raison de leurs spécificités, de leurs surnoms. Une originalité qui peut de vérifier par le faible nombre d’habitants, donc de licenciés dans les clubs locaux, ou par le look des protagonistes alignés sur le terrain.
Plus sérieusement, il est très difficilement concevable que la Nouvelle-Zélande pourra égaler l’historique de sa voisine australienne. Le Qatar, lui, devra convaincre mais y peinera très certainement. Toujours du côté de l’Orient, Irak et Jordanie n’enthousiasment pas les parieurs. Cependant, si la seconde nommée ne dispose que peu d’arguments, la première citée est plus avantagée et n’a pas volé son 1-1 en Espagne comptant pour un match de préparation.
Quant à Curaçao (à surveiller toutefois son milieu Thahith Chong, du Sheffield Wednesday), Haïti et le Cap-Vert… Prions pour eux !
Néanmoins, pour la statistique objective, et pour le folklore, ces «petites» équipes sont impératives à la bonne marche d’un tournoi. Elles concourent à la découverte et à l’intérêt croissant d’une épreuve. Donc à la remise en question et à plus de tolérance au sens large du terme.
Conclure à la veille d’une coupe du monde de football s’apparente à un non-sens. Temporellement, car c’est anticiper son lancement. Puis le sport repose sur la performance, laquelle est évaluée à partir de résultats chiffrés. Ce risque, après tout, se pose en adéquation avec la folie ambiante qui régit un tel événement.
Alors, pour Kapitalis et ses lecteurs, osons certains pronostics tranchants :
– pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde connaîtra un dernier carré sans représentante européenne parmi les équipes rescapées, pour un retour à la normale en 2030 avec une ou deux formations du Vieux Continent à ce stade de la compétition ;
– les révélations : l’Équateur et la Norvège ;
– la surprise : les USA ou l’Algérie ;
– le joker : l’Équateur ;
– les revenantes : la Colombie et la Turquie ;
– les candidates au titre : le Brésil, la France, le Maroc et le Portugal ;
– des déceptions : l’Argentine et l’Allemagne ;
– un vainqueur inédit : le Portugal ;
– les individualités marquantes : Mamadou Sarr (Sénégal), Ousmane Dembélé et Dayot Upamecano (France), Nuno Mendes (Portugal), Christian Roldan (USA), Cristiano Ronaldo (Portugal), Djed Spence (Angleterre) ;
– la poussée des USA jusqu’en demi-finales et le développement accru du Soccer ;
– les récompenses individuelles : Pedri (Espagne) rivalisera avec Ousmane Dembélé ou Achraf Hakimi pour le titre de meilleur joueur du tournoi; Nuno Mendes (Portugal) détient le secret pour marquer sur deux ou trois coups-francs ; Mohammed Salah (Égypte) envisagera le titre de meilleur passeur en ballottage avec les Norvégiens Antonio Nusa et Martin Odegaard ; celui de meilleur buteur sera attribué à Harry Kane (Angleterre), Kylian Mbappé (France), Enner Valencia (Équateur), Ayoub El Kaabi ou Ayoub Bouaddi (Maroc), Haaland (Norvège), Kenan Yildiz (Turquie), Endrik (Brésil).
Pour les gardiens, le goal belge Thibault Courtois en impressionnera plus d’un, tout comme Yassine Bounou (Maroc) et Zion Suzuki (Japon).
Pour le titre de meilleure jeune révélation, pensons à Antonio Nusa et Gessime Yassine (Maroc) ou Ibrahim Maza (Algérie).
* Enseignant universitaire et analyste de football.



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