Les occasions perdues du textile-habillement tunisien

Après que Donald Trump ait imposé une taxe douanière de 25% aux exportations tunisiennes vers les Etats-Unis, l’Union européenne (UE) a autorisé, pour cinq ans, la reconnaissance d’une simple transformation locale comme critère d’origine, offrant un avantage tarifaire aux fabricants tunisiens sur le marché européen. Cet assouplissement des règles d’origine est une aubaine pour le textile-habillement tunisien dont il convient de bien profiter.  

Habib Glenza  

La Commission européenne a adopté fin juillet dernier le règlement (UE) 2025/1459 introduisant des dérogations aux règles d’origine prévues par l’Accord d’association avec la Tunisie.

Applicables rétroactivement à partir du 22 janvier 2025 et valables pour une durée de 5 ans, ces mesures permettent de qualifier comme «d’origine» certains produits textiles confectionnés en Tunisie, même si les matières premières sont importées. 

Cette flexibilité vise à renforcer la compétitivité du secteur, l’un des piliers de notre économie, en facilitant l’accès préférentiel de nos produits au marché européen sans droits de douane.

Les quotas annuels couvrent plusieurs catégories : plus de 3,2 millions de pantalons en denim pour hommes par an durant les trois premières années, puis 2,9 millions les deux suivantes; environ 1,5 million pour les pantalons femmes.

La gestion se fera selon le principe du «premier arrivé, premier servi», avec des ajustements automatiques en cas de surconsommation ou de sous-utilisation des volumes.

La Fédération tunisienne du textile et de l’habillement salue une décision qui facilite l’approvisionnement en matières premières et renforce la chaîne de valeur locale. L’UE y voit un levier de croissance et d’emploi dans un secteur stratégique, tout en accompagnant la Tunisie dans sa diversification économique.

Mais malgré cet assouplissement, les industriels restent confrontés à une concurrence internationale intense et à la nécessité d’investir dans la qualité, l’innovation et la conformité environnementale et sociale pour maximiser les bénéfices de leurs dispositifs.

Certes, la concurrence est farouche, mais nous avons l’avantage de l’accès préférentiel au marché européen sans droits de douane. De plus, les frais de transport sont relativement insignifiants, de sorte que les prix de nos produits sont plus concurrentiels que certains produits en provenance d’Asie, ou de Turquie, même si la matière première n’est pas produite en Tunisie. 

L’assouplissement des règles d’origine est une opportunité pour les produits textiles tunisiens qui sont de très bonne qualité. Aussi devons-nous, sans plus tarder, profiter de cette main tendue de l’Europe. 

En ma qualité d’ingénieur en textile, résident en Pologne, j’encourage les responsables de la Fédération tunisienne du textile-habillement (FTTH) à exporter sur le marché polonais, plus que prometteur car disposant de deux centres commerciaux d’envergure internationale. Le premier, situé à Lodz, au centre du pays, est bâti sur 250 000 m2 avec 10 bâtiments dont un réservé aux Asiatiques et un autre aux Turcs, ainsi que plusieurs grands parkings. PTAK Fashion, c’est son nom,abrite les sièges de 2 000 fabricants et grossistes polonais et étrangers. Il reçoit chaque année plus de 9 millions de visiteurs du monde entier.

Le second grand centre commercial polonais se trouve à Wolka Kosowska, à une trentaine de kilomètres de Varsovie. Il n’est pas aussi grand que celui de Lodz, mais suffisamment attractif pour les professionnels du textile-habillement.

J’ai assisté à la 2e édition dernier salon Trends Expo, qui s’est tenu à Lodz, du 26 au 28 août 2025. Tous les fabricants et les distributeurs de toute l’Europe étaient présents. Et je n’ai pas croisé de professionnels tunisiens du secteur ou peut-être n’étaient-ils pas assez présents ou visibles. Encore un rendez-vous raté !  Mais que font tous ces «responsables» qui regardent passer les trains ? 

Aussi la question à poser est la suivante : à quoi bon envoyer de Tunisie des responsables (ambassadeurs, conseillers économiques, représentants du Cepex, de l’APIE, de l’ONTT, etc.) qui ne connaissent pas les marchés, les langues, les cultures et encore moins les besoins des pays où ils sont accrédités? Ce sont d’ailleurs souvent des ronds de cuir de l’administration qui ne pensent qu’à leur carrière et qui ont tendance à, se la couler douce (doucement le matin, pas trop vite le soir) en attendant la prochaine nomination. Leur unique souci : ne pas faire de vagues, quitte à ne rien faire du tout!

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