L’aéroport international de Tunis-Carthage, censé refléter le prestige et l’accueil de la Tunisie, est aujourd’hui le miroir d’une réalité alarmante : des infrastructures vieillissantes, des moyens quasi inexistants, et un personnel qui se bat chaque jour pour faire fonctionner une machine rouillée à bout de souffle.
Rihab Saïd *

Des équipes épuisées tiennent l’aéroport à bout de bras. Chefs avion, chefs d’escale, équipes trafic, agents d’accueil, d’enregistrement, de nettoyage, bagagistes… Derrière chaque vol qui décolle, il y a des femmes et des hommes qui se donnent sans compter. Mais ce dévouement s’exerce dans des conditions indignes : manque chronique de matériel de base, effectifs insuffisants, horaires intenables, infrastructures saturées et vieillissantes…
Ces «soldats de l’ombre» tiennent la compagnie nationale debout, parfois au prix de leur santé. Ils travaillent avec presque rien, et pourtant, ils assurent chaque jour la sécurité et le confort des passagers.
On sanctionne au lieu de motiver
Et pourtant, que reçoivent-ils en retour ? Des sanctions. Des pressions. Des critiques. Plutôt que de reconnaître leur courage, la direction préfère traquer la moindre erreur, installant un climat de peur et de tension. Une stratégie absurde qui épuise les équipes au lieu de les motiver : «On se tue au travail pour compenser les manques. Et on nous sanctionne pour des détails. On ne peut pas faire des miracles avec rien», confie un agent de piste.
Cette politique de management autoritaire ne fait que miner le moral des équipes et ternir l’image déjà fragile de Tunisair. Et la crise n’en finit pas. Chaque été, c’est le même scénario : retards à répétition, files interminables, pannes de matériel. Et toujours le personnel qui encaisse et qui compense les failles d’un système qui refuse de se réformer.
Ces hommes et ces femmes méritent du respect et des moyens, pas des sanctions. Un appel direct à Halima Khouaja**: vous avez une carrière impressionnante dans les douanes et dirigez aujourd’hui Tunisair. Mais soyons clairs : ce n’est pas en sanctionnant vos collaborateurs que vous sauverez la compagnie. Vous êtes en train de creuser un fossé entre la direction et ses équipes, de créer une ambiance toxique, de pousser au découragement des employés qui tiennent encore Tunisair debout.
Le personnel est prêt à tout donner, il le prouve chaque jour. Mais il ne peut plus continuer à travailler avec des moyens dérisoires, sous une pression constante.
Le vrai problème : les moyens, pas les hommes
Il est urgent de chercher des investisseurs, moderniser le tarmac, équiper, réformer… Donnez aux équipes le matériel et les conditions qu’elles méritent, et vous verrez une transformation radicale. Car le personnel n’est pas le problème. Le problème, c’est le désintérêt pour l’humain et l’absence de vision.
Tunisair survit uniquement grâce à ces équipes qu’on ne voit pas, ces héros fatigués qu’on sanctionne au lieu de remercier. Il est temps de cesser de faire porter l’échec structurel sur les épaules de ceux qui, chaque jour, sauvent la face de notre compagnie nationale.
Madame Khouaja, ce cri d’alarme est une invitation à agir. Investissez dans vos équipes, écoutez-les, respectez-les ! Car une vérité s’impose : les sanctions n’ont jamais fait décoller un avion.
* Ancienne employée de Tunisair.
** Chargée de la gestion de la direction de Tunisair depuis la détention de son ex-Pdg, Khaled Chelly.
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