Réduire le coût élevé du gaspillage alimentaire en Tunisie

Pour définir les piliers fondamentaux de la stratégie nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire en Tunisie, l’Institut national de la consommation (INC) a organisé un premier atelier le 3 juin 2026 et s’apprête à organiser deux autres ateliers les 10 juin et 17 juin 2026.

Le premier atelier, qui a réuni plusieurs représentants de la société civile aux côtés d’experts, était consacré à la finalisation du diagnostic et à l’identification des priorités stratégiques. Le deuxième et le troisième permettront de formuler les principes clés et les mécanismes opérationnels convenus, d’élaborer un plan de mise en œuvre et de mettre en place un mécanisme de suivi et d’évaluation de son application.

Perte annuelle estimée à 570 millions de dinars

En mai 2024, Darine Doggui, directrice ds recherches et analyses à l’INC, a confirmé que le gaspillage alimentaire en Tunisie représente 5 % des dépenses mensuelles des ménages et une perte annuelle à l’économie estimée à 570 millions de dinars.

Lors du Symposium national sur l’agriculture, consacré à la «Sécurité alimentaire face aux changements climatiques», Mme Doggui a indiqué qu’une famille tunisienne moyenne gaspille 42 kilogrammes de pain par an, soit environ 900 000 miches par jour (113 000 tonnes), pour une valeur de près de 300 000 dinars par jour et de 100 millions de dinars par an.

Les familles gaspillent également 6,5 % des légumes qu’elles achètent, 10 % des céréales et des pâtes, et 16 % du pain.

Par ailleurs, Mme Doggui a révélé que le gaspillage alimentaire des familles pendant le Ramadan concerne notamment les plats cuisinés (66,6 %), le pain (46 %), les sucreries (20 %) et les fruits (30 %).

Mohamed Chokri Rejeb, directeur général de l’INC a déclaré à l’agence Tap que «le gaspillage alimentaire représente un véritable fléau aux conséquences multiples, posant un défi économique, environnemental et social majeur au pays.»

Il a souligné que la poursuite des efforts de réduction du gaspillage alimentaire exigeait le développement de nouvelles méthodes et actions dans le cadre d’une stratégie nationale de réduction du gaspillage alimentaire, accompagnée d’un plan d’action concret et réalisable et d’un plan de communication destiné à tous les groupes et acteurs concernés et utilisant des méthodes de communication modernes.

Pression sur l’économie et épuisement des ressources

Le responsable a expliqué que des millions de tonnes d’aliments encore consommables sont perdues ou jetées chaque année tout au long de la chaîne alimentaire, de la production agricole à la consommation des ménages, insistant sur le fait que ce phénomène engendre des pertes considérables pour l(économie nationale et exerce une pression insoutenable sur les ressources naturelles du pays.

Le directeur général de l’INC a souligné que la production d’aliments gaspillés et non consommés entraîne un épuisement gratuit des terres, de l’eau et de l’énergie, et contribue également à des émissions inutiles de gaz à effet de serre.

La mise en œuvre de mesures décisives pour réduire le gaspillage est essentielle à la préservation des ressources naturelles, de plus en plus rares, a-t-il insisté, et d’ajouter : «La Tunisie souffre actuellement d’un stress hydrique sévère. Chaque litre d’eau utilisé pour produire des aliments et qui finit à la poubelle représente une ressource précieuse et irremplaçable.»

La réduction de ces pertes est devenue une nécessité urgente pour soutenir l’économie nationale, d’autant plus que le gaspillage alimentaire est coûteux pour tous les acteurs de la filière, des agriculteurs et fabricants aux distributeurs et, en fin de compte, au consommateur final.

Maîtriser ce phénomène permettrait donc d’améliorer la gestion des ressources et de renforcer la compétitivité des secteurs agricole et agroalimentaire tunisiens.

Étapes clés de l’élaboration de la stratégie

M. Rejeb a passé en revue plusieurs mesures clés mises en œuvre ces dernières années par l’INC. Ces mesures comprenaient l’estimation de l’ampleur du gaspillage afin de mesurer précisément le phénomène et d’identifier les principaux outils d’action.

Des campagnes de sensibilisation et d’éducation ont été organisées, à destination des enfants comme des adultes, afin d’inculquer dès le plus jeune âge une culture du respect des ressources. Ces campagnes comprenaient également la mobilisation et la participation, par le biais d’ateliers et de séminaires, afin d’impliquer et de fédérer les acteurs économiques et sociaux.

Parallèlement, une charte de lutte contre le gaspillage alimentaire a été signée, témoignant de l’engagement collectif de diverses parties prenantes à promouvoir une consommation plus responsable.

Ces programmes ont abouti au lancement, en février 2025, de la Stratégie nationale de réduction du gaspillage alimentaire, sous l’égide du ministère du Commerce et du Développement des exportations et en coopération avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La réunion de lancement de la stratégie s’est tenue le 28 octobre 2025, en présence des membres du comité de pilotage, composé de représentants des ministères, des organismes administratifs et des organisations de la société civile œuvrant pour la réduction du gaspillage alimentaire.

La deuxième réunion du Comité de pilotage s’est tenue le 13 mai 2026. Cette réunion était consacrée à l’examen du rapport préliminaire sur le diagnostic du gaspillage alimentaire en Tunisie, au recueil des observations et recommandations des différentes parties prenantes, à l’approbation des orientations générales et à la discussion des prochaines étapes, notamment celles relatives à l’organisation d’ateliers stratégiques.

I. B. (avec Tap).

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